Marietta KARAMANLI « L’engagement en politique, distinguer les bonnes et mauvaises émotions pour empêcher les deuxièmes de gouverner les esprits »

jeudi 6 avril

Le 04 mars 2017 a eu lieu la 26ème journée du Livre Politique organisé par l’association « Lire la politique » et l’Assemblée Nationale.
Membre du jury du Prix des Députés, je ne pouvais y être bien qu’ayant participé à la sélection du Livre vainqueur cette année de ce prix 2017 « Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi, éditions Actes Sud ».
Je considère ce livre qui est le récit d’une enfance et adolescence populaire comme « Un récit direct hommage à la République, à la culture et à la France ». Il est écrit dans une langue directe, spontanée, malicieuse.
J’ai contribué aussi la revue éditée à l’occasion « S’engager : la démocratie à l’épreuve des passions » édité par « Lire la Politique » et « La Documentation Française ».
Je vous livre « mon papier » qui me paraît toujours bien d’actualité à un moment d’élections incertaines…où souvent la raison s’efface devant les passions, selon moi certaines sont positives, d’autres ne le sont clairement pas…

« L’engagement en politique, distinguer les bonnes et mauvaises émotions pour empêcher les deuxièmes de gouverner les esprits »
L’engagement peut se définir comme une participation active à la vie de la cité conforme à des convictions et des valeurs.
L’actualité politique récente, qui déjoue les « raisonnements raisonnables », nous fait ressentir clairement que ce n’est pas seulement la raison qui gouverne une partie de l’engagement des citoyens et des choix des individus composant une communauté ou un pays mais aussi des sentiments, des ressentiments, des peurs, des envies, alors « à la manœuvre. »
Il y a aussi la tentation, plus ou moins consciente, chez les citoyens d’entendre ce qu’ils ont envie d’entendre, de vivre leurs passions à l’ombre et « dans » un groupe qui pense pour eux et que soude une pensée rassurante proposant « une » explication à tout. Celle-ci, une fois mise en œuvre, peut être destructrice du lien social et être même contraire à ce à quoi les gens aspirent profondément mais elle les tient et les réconforte.
On a trop rapidement exclu les émotions, les passions hors de la raison politique….pour les retrouver dans la politique.
Mais si nous sommes vigilants, nous pouvons voir qu’il y a de bonnes passions et de mauvaises passions.
Les premières conduisent les individus à se soucier des autres et à être attentifs à ce qui produit de la confiance et de l’égalité. Les deuxièmes réduisent les individus à des esprits égoïstes ou cupides et tendent à faire accepter l’idée que les individus n’ont pas de droits face un parti, une foi, une idéologie ou un groupe dirigeant.
Dans un livre à la fois célèbre par la censure dont il fut l’objet et peu connu de nos contemporains Sergueï TCHAKHOTINE « Le viol des foules par la propagande politique », l’auteur, analysant les émotions à l’œuvre dans les régimes totalitaires et autoritaires, montre que la démocratie en acceptant toutes les critiques et se fondant sur la seule raison pour s’opposer aux mauvaises passions les confortent dans l’idée que la démocratie en acceptant leurs outrances serait « par nature « un régime faible.
Heureusement nous pouvons trouver dans les livres, essais ou romans, la matière à de bonnes émotions qui parlent aux sentiments les meilleurs, aux besoins de liberté et d’égalité et créent un état d’esprit favorable à la démocratie : par le regard qu’un livre fait porter sur soi et les autres il est favorable à la prise de conscience de que la société ne vit bien qu’autant que « les méchants » ne peuvent la gouverner.
Emotions et démocratie peuvent coexister à condition que l’on puisse corriger et limiter de mauvaises passions par de bonnes passions et à laisser les premières aux marges du gouvernement de la Cité.
Marietta KARAMANLI

Source image : Assemblée Nationale