Marietta KARAMANLI demande qu’une partie des crédits du grand emprunt soit affectée aux universités pluridisciplinaires et dynamiques de taille modeste comme celle du MANS

lundi 11 janvier 2010

J’ai écrit à la mi-décembre 2009 au Premier ministre, François Fillon, pour lui demander qu’une partie des intérêts des fonds du grand emprunt soit affectée aux projets de la vingtaine d’universités pluridisciplinaires petites et moyennes dont celle du MANS. En effet selon les informations disponibles, onze milliards d’euros seraient destinés à quelques campus d’excellence (de cinq à dix). Il s’agit en fait des seuls intérêts du capital placé ce qui pourrait équivaloir à environs 350 millions d’euros sur dix ans pour un milliard affecté. Comme je l’ai écrit cette concentration des crédits sur quelques universités ne manque pas de poser des questions et est de nature à fragiliser la vocation de recherche de plusieurs universités de taille petite ou moyenne (dont celle du MANS) qui contribuent de façon significative au développement économique et social de leur territoire. Le schéma présidentiel et gouvernemental ne prend pas en compte le dynamisme de ces (nos) universités, veut imposer « par le haut » un modèle de partenariats qui marchent bien parce fondés sur la proximité et la qualité des relations mais pas forcément sur la concentration, oublie l’effet de levier que cela constituerait pour nos territoires. En ne consacrant que 15 % du montant placé à ces universités, chacune d’elle pourrait recevoir plus de 25 millions ‚¬ en dix ans.

Le texte intégral de mon courrier au Premier ministre

Le 17 décembre 2009

Monsieur François FILLON
Premier Ministre
Hôtel de Matignon
57, rue de Varenne
75700 Paris

Monsieur le Premier ministre,

Je me permets d’attirer votre attention sur la création de dix sites d’excellence au titre des crédits affectés provenant grand emprunt dont le Président de la République a confirmé le montant et les modalités lundi 14 décembre dernier.

Selon les informations communiquées par la presse onze milliards d’euros seraient destinés à quelques campus d’excellence (de cinq à dix) « ayant les moyens, la taille critique et les liens avec les entreprises qui leur permettront de rivaliser avec les meilleures universités mondiales ». En fait chacune bénéficierait des seuls intérêts du capital placé ce qui pourrait équivaloir à environs 350 millions d’euros sur dix ans pour un milliard affecté.

Déjà en 2008 le gouvernement en s’appuyant sur les classements internationaux des universités et institutions de recherche avait lancé le plan « Campus » : dix pôles ou campus d’excellence ont ainsi été déterminés qui bénéficieront ensemble de 5 milliards d’euros. Aucun d’entre eux ne figure dans l’Ouest de la France.

Cette concentration des crédits sur quelques universités ne manque pas de poser des questions et est de nature à fragiliser la vocation de recherche de plusieurs universités de taille petite ou moyenne (dont celle du MANS) qui contribuent de façon significative au développement économique et social de leur territoire.

L’idée de concentrer sur quelques sites la manne empruntée ne prend pas en compte le dynamisme de la recherche de ces universités pluridisciplinaires. Pourtant on le sait l’excellence n’est pas seulement du côté des universités les plus nombreuses ou à forte concentration.

D’une part, ces universités font une recherche de qualité pour laquelle elles ont des formations communes, ont noué de nombreuses coopérations, partagent des unités de recherche notamment avec le CNRS .

D’autre part, elles ont initié des partenariats locaux publics et privés fondés sur des échanges de proximité, personnels et professionnels à l’image de ce que l’Etat entend faire par le haut mais dont la réussite, là, n’est pas encore acquise.

Enfin se profile le risque que des entreprises soient tentées de déplacer des emplois existants dans des secteurs de haute technologie de villes universitaires moyennes vers de grands campus pour bénéficier des retombées d’un plan de plus grande ampleur.

Dans ces conditions, je souhaite que l’Etat prenne la décision d’affecter une partie des intérêts du capital emprunté dans les projets de la vingtaine d’universités pluridisciplinaires petites et moyennes. Les intérêts cumulés de seulement 15 % du capital sur dix ans représenteraient (pour 11 Md‚¬) 525 millions d’euros soit en moyenne plus de 26 millions pour chacune d’elle avec un effet de levier important sur leur environnement économique.

Je vous remercie par avance de bien vouloir m’informer des suites que vous entendez donner à ma proposition.

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier ministre, à l’assurance de mes salutations les meilleures.

Marietta KARAMANLI