Marietta KARAMANLI « Pour l’université et la recherche, le socialistes doivent être ambitieux dans les moyens, permettre la diversité, affirmer la qualité ; la priorité doit aussi être de lutter contre l’échec en premier cycle »

jeudi 3 septembre 2009

Dans le cadre de l’Université d’été du Parti Socialiste à La Rochelle, j’ai participé, samedi 29 aoà»t, à un atelier consacré à « Relever le défi de la recherche et de l’enseignement supérieur .
Parmi les autres participants à cette rencontre, outre Bertrand MONTHUBERT, secrétaire national du PS à l’enseignement supérieur et à la recherche, et animateur de cette table ronde, sont intervenus Laurent AUDOUIN (pour les Verts) , Olivier GEBUHRER (pour le PCF) , Stéphane TASSEL (secrétaire général du SNES Sup), Olivier BEAUD, professeur à l’université paris 2.
Lors de mon intervention j’ai insisté sur l’interprétation erronée de la droite qui confond, s’agissant de formations supérieures et de recherche, « ce qui compte » et « ce qui se compte » et un modèle unique d’excellence qui « gommerait » ce que font les petites universités.
J’ai tracé quelques orientations et pistes pour l’avenir avec plus de moyens budgétaires (20 milliards d’euros sur cinq ans c’est 26 €“27 % du paquet fiscal dont l’efficacité économique est nulle et l’injustice sociale grande), le maintien de la diversité des universités et la pluralité des lieux de recherche, et la valorisation de la qualité qui suppose la reconnaissance des enseignants chercheurs, plus de formation à l’enseignement et de l’évaluation des missions et méthodes.
La priorité doit aussi être de lutter contre l’échec en première année à l’université. Pour cela il faut intégrer dans la réforme à venir, l’ensemble des filières qui à côté de l’Université même, accueillent la moitié des bacheliers (STS, IUT, école de formations sanitaires et sociales€¦), consolider l’ensemble par une meilleure coopération, et mieux accompagner les étudiants (orientation plus intelligente, formation des enseignants, méthodes d’évaluation des connaissances à améliorer, meilleur accompagnement social à assurer€¦). Ces points ont été débattus et ils seront pris en compte dans les propositions qui seront faites par le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale.

Retrouvez le texte intégral de mon propos et le compte-rendu de l’atelier

Je voudrais commencer en vous parlant littérature€¦de façon brève€¦en vous citant un écrivain. de surcroît britannique.
En 1987 le grand écrivain David LODGE, professeur de littérature quittait l’université anglaise alors en proie à la volonté politique des conservateurs de l’époque de faire « tout moins cher ».
Il déclara plus tard "J’ai pris une retraite anticipée. Les facultés se meurent d’un état de crise larvé. Elles préfèrent employer de jeunes professeurs à des salaires moindres. Madame Thatcher encourageait les vieux à vieillir plus vite. " Il ajoutait « Moi, j’écris, enfin libre ! »
20 ans plus tard€¦nous connaissons une situation assez comparable.

LE TEMPS DE LA MEFIANCE ENVERS L’UNIVERSITE ET LA RECHERCHE

Si le discours gouvernemental a été celui de l’autonomie, la pratique est celle de la méfiance bureaucratique€¦
Ce point n’est pas qu’anecdotique€¦l’UMP veut faire croire qu’elle initie le mouvement et que les socialistes sont « archaïques ».
Mais c’est un fait souvent vérifié quand ceux qui parlent « autonomie » ne sont pas en fait en mesure de pratiquer la confiance car ignorants la réalité de ceux à qui ils s’adressent ou ne sachant pas évaluer la qualité de l’activité ou des missions de leurs interlocuteurs.
De façon claire, le credo de la droite est celle de la remise en cause d’activités d’enseignement et de recherche qui auraient « des résultats médiocres » et ne rapporteraient pas assez, assez vite, assez notoirement !
En un mot
- la recherche serait trop dispersée,
- nos publications et notre innovation ne seraient pas assez concurrentielles dans la compétition mondiale et ce malgré, d’après toujours le Président, un effort sans équivalent dans le temps et au monde€¦
- nos étudiants seraient « mauvais »€¦
En ce sens la droite est bien conservatrice qui ne connaît plus que les normes du marché alors même que l’autonomie des acteurs suppose d’autres normes, des normes sociales souvent moins chères et plus efficaces que la seule mesure par l’argent « échangé ».
Voilà la modernité des socialistes !

LA DROITE CONFOND « CE QUI COMPTE » ET « CE QUI SE COMPTE »

Les intentions politiques réelles de la Droite peuvent être facilement reconstituées.
1) Il y a une sous dotation des moyens destinés à l’enseignement supérieur et la recherche. Lors de la discussion de la loi de finances pour 2009 les socialistes ont dénoncé la réduction du nombre de postes de chercheurs (900 en 2009 une première depuis 15 ans) !
2) Nous avons mis en garde contre la diminution des dotations destinées aux universités recevant le plus d’étudiants de premier cycle et de licence, celles qui ont dà» rendre des postes !
3) les projets gouvernementaux sont conçus comme devant diminuer les dépenses dont l’utilité sociale ne peut être mesurée à partir d’un retour en temps ou argent « rapide »€¦
A titre d’exemples je citerai
- Il y a (eu ?) le projet de statut des enseignants chercheurs et la remise en cause des temps consacrés à la recherche lorsque que le travail intellectuel, bien souvent invisible ne peut être, compté facilement .
- Il y a la réforme de la formation des maîtres et enseignants du premier et second degré avec une formation à bac + 5 ans désormais non rémunérée par l’Etat et emportant la suppression de l’année de stage c’est-à-dire la pratique de la pédagogie€¦dont la mesure est discutée !
- Il y a le choix de financements de la recherche ciblés sur projets, au détriment du financement basé sur la qualité scientifique et la recherche fondamentale : il est vrai que les résultats de celle-ci ne sont pas toujours mesurables rapidement et monétairement !
- Il y a le choix de favoriser un regroupement des universités sur la base d’une concentration fonctionnelle. Aux unes (« en bas ») l’enseignement , aux autres (« en haut ») la recherche. Ainsi le plan campus qui vise à distinguer de grands pôles universitaires à vocation internationale avec, à la clef, des moyens supplémentaires n’a retenu initialement aucune université en Bretagne ou dans le Nord ( par la suite ont été ajoutées Nantes, Rennes, Lille€¦).

Le gouvernement a donc en tête un modèle unique d’excellence contestant le travail intellectuel « invisible », ne finançant plus la recherche non valorisée par des classements internationaux, délaissant les universités non choisies pour leur visibilité vue de l’étranger.

LE CHOIX DES SOCIALISTES : ETRE AMBITIEUX DANS LES MOYENS, PERMETTRE LA DIVERSITE, AFFIRMER LA QUALITE

Critiquer est facile me direz vous mais que proposent les socialistes !!!
Je donnerai quelques orientations sachant pour paraphraser Aristote que « le commencement est beaucoup plus que la moitié de l’objectif ».

Les moyens
Les réformes des institutions de recherche et d’enseignement supérieur menées par le gouvernement actuel reposent sur l’affirmation selon laquelle les problèmes seraient d’abord et avant tout des questions de structure et non pas de moyens.
En fait la recherche française souffre bien, et peut-être même avant tout, d’un manque considérable de moyens. Si on prend en compte les "dépenses intérieures de recherche de l’enseignement supérieur" ("DIRDES") avec 0,38 % de son PIB qui sont consacrés notre pays était en 2006 en neuvième position européenne et en dix-huitième place mondiale.
En matière d’enseignement, actuellement on consacre 7000 ‚¬ par étudiant contre 14 000 ‚¬ pour les élèves grandes écoles€¦il faut donc faire un effort nouveau, supplémentaire et significatif.
Le redéploiement d’une partie du paquet fiscal (aux effets économiques nuls et aux conséquences sociales injustes) (75 milliards ‚¬ sur cinq ans) sur ces besoins serait d’ores et déjà possible !
20 Milliards ‚¬ sur cinq ans c’est 26 €“ 27 % de ce paquet !

La diversité

S’agissant du modèle d’enseignement supérieur et de recherche, l’excellence n’est pas seulement du côte des universités les plus nombreuses ou à forte visibilité.
En France, l’ensemble des universités (y compris la vingtaine de petites universités pluridisciplinaires) qui font de la recherche ont noué de nombreux partenariats et mutualisé des moyens entre elles, partagent des unités de recherche, et ont, dans bon nombre de cas ,des formations communes. Il n’y a donc pas un modèle unique d’excellence.
La diversité doit donc être vue comme une opportunité de faire que plus de jeunes, notamment de milieux modestes, rejoignent l’enseignement supérieur et la recherche.

La qualité

L’excellence vient et viendra du nombre d’enseignants et de chercheurs bien formés, motivés, et reconnus.
Elle viendra des moyens en temps et rémunération dont ils disposeront et de la qualité des moyens pédagogiques déployés. Les universités doivent s’intéresser à la formation de leurs enseignants y compris ceux qui interviennent comme vacataires, allocataires,€¦ qui interviennent notamment en première année
Elle viendra aussi de l’évaluation et du développement par les équipes de recherche et d’enseignement, elles-même, d’objectifs et de normes de qualité évaluables.
Les modalités de l’évaluation devront aussi tenir compte aussi des moyens mis en Å“uvre par les universités et de la pluralité des disciplines académiques.
C’est au prix de ce triple effort de moyens, de complémentarité et de qualité que l’autonomie sera à même d’être synonyme de confiance au service de l’efficacité et de la justice sociale du pays et au bénéfice de tous.

Je terminerai en vous parlant de ce que j’estime être une de nos priorités y compris pour renforcer la légitimité de l’université et la recherche dans les milieux populaires.

UNE DE NOS PRIORITES DOIT ETRE DE LUTTER CONTRE L’ECHEC UNIVERSITAIRE QUI MINE NOMBRE DE FILIERES

Je citerai juste quelques chiffres et tracerai quelques pistes
80 % des bacheliers généraux obtiennent leur DEUG, dont 50 % en deux ans, contre seulement 40 % des bacheliers technologiques (18 % en deux ans) et 15 % des bacheliers professionnels (7 % en deux ans)

Première piste

On ne doit pas écarter de la réflexion et de nos propositions l’ensemble des filières qui à côté de l’Université même, accueillent la moitié des bacheliers
- les sections de techniciens supérieurs (STS), qui accueillent plus de 100 000 bacheliers chaque année,
- les instituts universitaires de technologie, qui en comptent environ 45 000,
- ou encore les écoles, notamment celles des filières sanitaires et sociales.

Toutes ces formations, sélectives ou non, représentent l’enseignement supérieur court.
On ne peut réformer les premiers cycles si on ne prend pas en compte ces autres filières.


Deuxième piste

Je pense qu’il faut consolider l’ensemble de notre enseignement supérieur professionnel par la coopération sans avoir pour objectif de créer sans cesse des filières nouvelles parce qu’elle serait incapable de rénover l’ensemble !
Quand les IUT et les STS ont été créés dans les années 1960, à quatre ans d’intervalle, on pensait, à l’époque, qu’ils allaient fusionner...

Troisième piste
Il faut mieux accompagner les étudiants.

Il faut faire progresser intelligemment l’orientation : les bons élèves retardent d’autant la mise en chantier d’une orientation qui ne parle pas, alors que ceux « en difficultés » sont prématurément sollicités pour choisir un parcours, avec peu d’espoir de bifurcation en cas d’erreur durant une période où rien n’est solide.

Il faut faire progresser les étudiants en difficulté d’où l’idée que j’ai énoncée de mieux former à l’enseignement tous les intervenants qui enseignent à l’université.

Il faut aussi les aider à se re-motiver par l’acquisition d’une ouverture culturelle sur le monde socio-économique,

Il faut aussi revoir certaines modalités d’acquisition des connaissances et d’évaluation : il y a sur ce point un rapport officiel intéressant qui montre que l’évaluation des étudiants n’est pas un point d’appui pour faire progresser les étudiants ni les exigences qu’on a à leur égard€¦

Enfin il faut aussi une politique sociale étudiante digne de ce nom qui permette aux plus modestes d’accéder à l’enseignement supérieur.

EN FORME DE BREVE CONCLUSION

Je voudrai dire ici que les députés socialistes sont particulièrement mobilisés sur le sujet.
Nous nous sommes non seulement opposés à la droite et au conservatisme que j’ai décrit mais aussi nous avons proposé, chacune de nos critiques étant l’occasion de faire des propositions en terme d’affectation des moyens, de gouvernance, d’évaluation et de justice.
Nous avons aussi beaucoup écout逦auditionné, rencontré, sollicité des propositions€¦
Notre travail débouchera sur une proposition de loi qui couvrira le statut des universitaires, leur évaluation, la gouvernance des universités, la place et le rôle des organismes et opérateurs de recherche, la formation des maîtres, la lutte contre l’échec des étudiants, les orientations en matière de dépenses publiques à affecter etc€¦

Ensemble nous préparons donc « bien et intelligemment » l’alternance qui ne peut se résumer aux primaires, outil utile mais incomplet s’il n’y pas d’envie et de projet !

Marietta KARAMANLI

Atelier 30 : Relever le défi de la recherche et de l’enseignement supérieur
Samedi 29 aoà»t 2009

Pour la gauche, le savoir est au fondement de l’émancipation des individus. La connaissance est un élément central de notre projet politique. L’éducation, de la maternelle à l’université, la recherche, et plus généralement les services publics, exige une renaissance, pour le bénéfice de tous nos concitoyens. Nous avons besoin d’un travail collectif pour définir la politique de demain.
Bertrand MONTHUBERT introduit la table ronde en présentant les intervenants. Face à une problématique complexe, décisive pour l’avenir de notre pays, le Parti Communiste, le Parti socialiste et Les Verts ont fait le choix de travailler à la formulation concrète d’une politique ambitieuse pour l’enseignement supérieur et la recherche. Ils ont choisi la voie du dialogue et de la confrontation des idées, la seule qui vaille en matière de science. Pas question d’en rester à un simple état des lieux ou à un exercice stérile de critique : il s’agit bien de la construction d’une politique alternative, permettant de sortir par le haut d’une situation intenable et explosive.

Laurent AUDOUIN rappelle que la recherche, l’enseignement supérieur et le développement technologique incarnent une priorité absolue pour le présent et l’avenir. Ils forment un axe politique au cÅ“ur même du projet collectif de gauche. Les grands rapports de force sociaux économiques mondiaux vont se jouer désormais sur l’investissement dans la recherche, la formation, l’innovation. La société du savoir doit s’appuyer sur une dynamique forte de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. « Le projet universitaire doit être au centre des enjeux, l’autonomie doit être financière, politique et scientifique ».

Pour Olivier GEBUHRER, l’enseignement supérieur et la recherche permettent en effet, en assurant l’avancée des connaissances, de former des citoyens éclairés et responsables tout en contrôlant les conséquences économiques, sociales et environnementales du progrès. La science nous permet de mieux comprendre les faits sociaux et culturels, de mieux appréhender le monde dans lequel nous vivons, de préserver la planète, de créer des emplois, tout en les protégeant des crises. Il est donc essentiel de réconcilier science, éthique et société et d’instaurer une véritable démocratie participative pour donner un sens à la solidarité dans un contexte de mondialisation.

Pour Marietta KARAMANLI, « il n’y a pas de modèle unique d’excellence ». Elle appelle de ses vÅ“ux une vraie concertation avec le pouvoir pour repenser la politique d’enseignement supérieur et de recherche de notre pays. Pour cela, elle souhaite la nécessaire suspension des réformes engagées par la droite, et le rétablissement des emplois scientifiques supprimés par le gouvernement Fillon. La finalité d’un programme de gauche doit être l’amélioration des conditions faites aux universitaires pour qu’ils puissent s’engager au mieux dans leurs missions d’enseignement et de recherche, alors que la droite, dans un contexte de suppressions d’emplois, génère par la dégradation de ces conditions. Elle doit également respecter le principe d’indépendance des enseignants-chercheurs et favoriser la collégialité au sein des universités.

Pour Olivier BEAUD, « l’université est un lieu de recherche de la vérité ». Il a la conviction que l’Université ne pourra sortir de son marasme que si tous ceux qui y enseignent, y étudient et y travaillent retrouvent l’enthousiasme à produire, à transmettre ou à recevoir le savoir. Il souhaite proposer en débat plusieurs points :
1) La place de l’Université au sein du système global de l’enseignement supérieur.
2) Les missions de l’Université.
3) Les cursus d’enseignement (sélection et/ou orientation).
4) 4) La gouvernance des universités.

Stéphane TASSEL La loi Pécresse signifie un désengagement financier de l’État. Et rien dans les budgets à venir ne vient atténuer cette tendance. Il attend au contraire un réengagement de l’État. La loi, elle, promeut des fondations partenariales, permet des recrutements « hors statut » Des mesures qui peuvent apparaître techniques mais qui sont politiquement très révèlatrices. En clair, c’est le service public de l’enseignement qui est attaqué. Cette loi ne répond pas aux besoins du service public de l’enseignement supérieur. Le snesup ne souhaite pas un statu quo : il y a bien une réforme à mener, mais ce n’est pas celle-là. Il faut que le gouvernement prenne la mesure des défis auxquels est confronté l’enseignement supérieur français, qui mérite mieux que « le passage en force ». L’autonomie des établissements universitaires est souhaitable et nécessaire, à condition qu’elle ne soit pas synonyme de concurrence ; en d’autres termes, que l’État joue pleinement son rôle de garant des moyens de la transparence dans l’attribution de ceux-ci, en toute collégialité et de l’égalité sur tout le territoire.