« Les trois enjeux de l’énergie pour l’union Européenne : indépendance ; stabilité de la croissance ; transition énergétique » par Marietta KARAMANLI

samedi 13 juin 2015

Lors d’une table ronde organisée le 14 avril 2015 par la commission des affaires européennes dont je suis la vice-présidente, j’ai rappelé les trois enjeux qui s’attachent pour moi à l’énergie.
Il y a d’abord un enjeu géo-stratégique lié à l’indépendance de l’Union européenne. Selon les chiffres disponibles l’Union Européenne est dépendante de pays tiers pour 53% de l’énergie qu’elle consomme, dont "90% de pétrole brut, 66% de gaz naturel et 42% de combustibles solides comme le charbon". La France seule a dépensé 66 milliards d’euros (triplement en dix ans) et l’Allemagne 100 milliards d’euros.
Il y aussi l’enjeu économique né des coûts à supporter pour assurer le développement de sources pérennes et propres d’énergie. Les besoins généraux de financements des infrastructures énergétiques en Europe, seraient de l’ordre de 1.100 milliards d’euros pour les dix prochaines années si l’on reprend les chiffres avancés en mars 2014 par la présidence dite Barroso soit près de trois années de la facture annuelle d’approvisionnement. Par ailleurs pour un nombre croissant d’économistes, remettant en perspective la crise de 2008 sur plus longue durée, la crise serait due aussi en partie à la question énergétique. Ils partent du constat que les prix de l’énergie, souvent instables et spéculatifs, déterminent ceux de toutes les autres ressources. En tout état de cause, il apparaît essentiel de prendre en compte cette variable dans le modèle de croissance durable, peut- être plus lente mais aussi plus stable que nous voulons.
Enfin il y un enjeu social ou sociétal qui doit donner une cohérence à la politique à suivre en matière de transition énergétique mais aussi de modèle social. Les Etats-Unis croient encore pouvoir s’en tirer grâce aux hydrocarbures et une majorité d’Américains pensent que l’Etat doit en faire le moins possible, comme si les grandes infrastructures pouvaient seulement être financées par le privé qui est je cite, Keynes, parfois myope. En Europe, il existe un meilleur équilibre entre l’Etat et le marché adapté à une décentralisation de la production d’énergie, et à l’intervention forte des pouvoirs publics, pour mettre en place les infrastructures nécessaires et des règles claires. Encore faut-il que ce modèle éclairé soit lui-même mieux porté par l’Union Européenne ce qui fait encore discussion lorsqu’on certaines instances de celle-ci s’en tiennent pour gouverner l’Europe à une vision de déréglementation sans prospective ni cohésion.
Ces thèmes abordés de façon générale lors de cette table ronde constituent trois raisons de se mobiliser pour faire vivre l’Europe de demain mais aussi un modèle économique et sociale plus respectueux de notre environnement et de nos ressources naturelles.
J’y suis sensible et j’entends en rappeler l’importance.

Commission des affaires européennes, mardi 14 avril 2015, 17 heures
Compte rendu n° 200,

I. Table ronde sur l’Union de l’énergie avec la participation de Mme Anne Houtman, conseillère spéciale du directeur général de l’énergie à la Commission européenne, M. Sami Andoura, chercheur à l’Institut Jacques Delors, titulaire de la chaire de politique énergétique européenne au collège d’Europe à Bruges, M. Jean-Arnold Vinois, conseiller sur la politique énergétique européenne pour l’Institut Jacques Delors, M. Michel Matheu, directeur du pôle stratégie de l’Union européenne à la direction des affaires institutionnelles d’EDF, Mme Marie-Claire Aoun, directrice du Centre énergie de l’IFRI, M. Pierre Grison, administrateur de 4D.
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Mme Marietta Karamanli.

Il existe trois enjeux : un enjeu stratégique d’indépendance de l’Europe, un enjeu économique et un enjeu sociétal.

Concernant le premier, il est important de replacer l’énergie au centre de la construction européenne. Il renvoie à la souveraineté des États, dont six sont dépendants de la Russie. Comment permettre à l’Union d’aller de l’avant ? Ne faut-il pas éviter de faire dépendre tous les besoins d’un même partenaire ?

Par ailleurs, les besoins généraux de financement des infrastructures portent sur 1 100 milliards d’euros pour les dix ans à venir, ce qui correspond presque au coût de trois ans d’approvisionnement. En outre, les économistes s’interrogent sur le prix de l’énergie, parfois instable ou spéculatif, qui détermine celui d’autres produits. Or, dans le programme proposé, il est prévu de lever 200 millions d’euros grâce à la finance privée et au dispositif de financement des fonds sur partenariat public-privé. Comment le ratio entre les fonds publics mobilisés et les fonds privés mobilisables peut-il apporter une réponse à ces besoins ?

Comment le modèle européen peut-il être amélioré alors que certaines instances s’en tiennent à une déréglementation sans prospective ni cohésion ? Bref, comment garder une cohérence et impulser un élan en apportant les financements nécessaires ?