Marietta KARAMANLI à propos du nucléaire « Cette énergie ne peut pas être la solution durable pour notre pays et la planète »

dimanche 20 mars 2011

Suite aux dramatiques évènements que connaît le JAPON et aux risques " sans frontières " que présente l’accident majeur à la centrale nucléaire de FUKUJIMA je pense utile de rappeler ma position énoncée dès 2007 et qui n’a pas évolué. Je suis favorable à une diminution majeure de le part de l’énergie nucléaire dans notre production. Néanmoins j’ai bien conscience que l’abandon par les conservateurs d’un véritable développement des énergies renouvelables rendra encore plus difficile cette diminution rapidement.
Quelques semaines après mon élection à l’Assemblée Nationale en 2007, je me suis en effet prononcée dans un courrier adressé au « Réseau Sortir du Nucléaire » pour une baisse progressive de la part de l’énergie nucléaire dans notre production d’énergie. Je suis favorable à une sortie à terme estimant que « l’uranium n’est pas une ressource plus pérenne que le gaz ou le pétrole, et la question des déchets est toujours problématique ». Interrogée à propos du délai de la sortie que je pensais possible, j’écrivais « que le terme devra être fixé en fonction des hypothèses à la fois de croissance des modes de production alternatifs, de la diffusion de modes et techniques de consommation moins gourmands d’énergie (je rappelle ici que l’énergie la moins coà»teuse et la moins polluante est celle que l’on ne consomme pas) et des coopérations européennes et internationales qui devront être trouvées dans le domaine de la recherche et de la production de l’énergie ! Prenant pour référence les pays ayant décidé une sortie, au demeurant pas encore réalisée, un objectif à horizon d’une génération serait probablement possible. Réaliste je notais « la nécessité de fournir industrie et particuliers en énergie électrique, 78 % est en France d’origine nucléaire ne permet qu’une sortie progressive car les énergies alternatives ne suffisent pas en l’état actuel à combler la demande » et j’appelais à une approche internationale car « plusieurs grands pays en Asie, en Amérique et sur le continent Européen entendent développer leur parc nucléaire ce qui suppose d’avoir une approche internationale ». Je notais enfin qu’une diversification des modes de production avec une diminution progressive mais réelle et objectivée de la part du nucléaire dans la production énergétique française était indispensable rappelant que « l’abondance passée de cette fabrication a probablement joué dans le retard pris par notre pays à diversifier ses recherches et ses sources d’énergie. ». Près de quatre ans après, ma position n’a globalement pas évolué et je partage les propos de Laurent Fabius de ce jour constatant qu’on "ne peut pas faire une confiance aveugle à cette énergie, on ne peut pas du jour au lendemain passer du nucléaire à l’absence de nucléaire mais il faut une baisse progressive".

Ma lettre au « Réseau sortir du nucléaire »

Réseau Sortir du Nucléaire

MK071024

Mesdames et Messieurs, les Membres du Conseil d’Administration

Vous avez bien voulu m’interroger sur mes positions concernant le recours à l’énergie nucléaire.
Tout d’abord, vous m’indiquez ne pas avoir reçu de réponse à votre premier courrier. J’en suis désolée.
A ma connaissance un tel document ne m’est pas parvenu. C’est bien volontiers que j’y aurais répondu ayant déjà eu l’occasion de m’exprimer sur ce sujet à l’occasion de précédentes élections.

I La part du nucléaire

1 Etes vous favorable à une sortie complète du nucléaire en France ?

Saisie en 2002, voici la réponse que j’avais faite à une association de défense de l€˜environnement du Nord SARTHE. « S’agissant des choix énergétiques français, je suis favorable à une réelle diversification des modes de production avec une priorité et un objectif quantifiés pour les énergies renouvelables. Des crédits de recherche et de développement devraient y être consacrés€¦ »
Cinq ans plus tard, je souhaite préciser et confirmer le sens de mes précédentes réponses.
Je suis favorable à une diversification des modes de production avec une diminution progressive mais réelle et objectivée de la part du nucléaire dans la production énergétique française. L’abondance passée de cette fabrication a probablement joué dans le retard pris par notre pays à diversifier ses recherches et ses sources d’énergie.
La sortie à terme est la seule hypothèse sérieuse et réaliste pour au moins deux raisons : l’uranium n’est pas une ressource plus pérenne que le gaz ou le pétrole, et la question des déchets est toujours problématique.
Cependant je note que la nécessité de fournir industrie et particuliers en énergie électrique, 78 % est en France d ’origine nucléaire, ne permet qu’une sortie progressive car les énergies alternatives ne suffisent pas en l’état actuel à combler la demande
Parallèlement je constate que plusieurs grands pays en Asie, en Amérique et sur le continent Européen entendent développer leur parc nucléaire ce qui suppose d’avoir une approche internationale.
Je note aussi que le recours au nucléaire pour produire de l’électricité présente actuellement des avantages en termes de limitation des émissions de gaz à effet de serre, et donc de respect des objectifs assignés par le Protocole de Kyoto.
Dans le long terme, cette énergie ne peut néanmoins pas être la solution durable pour l’ensemble de la planète comme pour notre pays et cela devrait conduire à penser et préparer une sortie complète.
En ce qui concerne le délai de la sortie, je crois que le terme devra être fixé en fonction des hypothèses à la fois de croissance des modes de production alternatifs, de la diffusion de modes et techniques de consommation moins gourmandes d’énergie ( je rappelle ici que l’énergie la moins coà»teuse et la moins polluante est celle que l’on ne consomme pas) et des coopérations européennes et internationales qui devront être trouvées dans le domaine de la recherche et de la production de l’énergie ! Prenant pour référence les pays ayant décidé une sortie, au demeurant pas encore réalisée, un objectif à horizon d’une génération serait probablement possible.
S’agissant du type des réacteurs à arrêter en priorité, je crois qu’il faudra procéder en tenant compte de l’obsolescence et de l’entretien des équipements, du bénéfice avantages / inconvénients pour chacun d’entre eux. En tout cas ,il doit y avoir un débat public à partir de ces éléments.

II La réacteur EPR, ITER et les nouvelles constructions

S’agissant de la construction du réacteur E.P.R et de la relance du programme nucléaire, je crois qu’avant de prendre toute décision, il conviendrait de disposer d’un état des lieux et d’un programme de réelle diversification des sources d’énergie à moyen terme. Ce n’est pas le cas.
Concernant l’ITER, celui-ci est présenté comme dédié à la recherche. Je pense indispensable que soit réalisée une évaluation indépendante avant toute adoption d’ un dispositif définitif ( réacteur de 4ème génération) et irréversible pour le moyen terme.
En matière de recherche , je confirme mon propos « Une réorientation est donc nécessaire ». Il conviendrait de se fixer des objectifs quantifiables, réalistes et évalués. Le principe un euro pour un euro me paraît un objectif parfaitement atteignable dans un délai raisonnable ( on en est actuellement très loin, me semble t’il€¦.).
A ce titre j’estime que les dernières réductions d’impôts accordés par le Gouvernement aux plus aisés auraient pu servir à des financements d’investissements durables et plus justes de ce type.

III Retraitement et enfouissement

En ce qui concerne la question du retraitement et de l’enfouissement autrement dit du stockage géologique et de l’entreposage de longue durée, je suis défavorable à toute solution visant un stockage " définitif .
Il y a cinq ans j’avais exprimé le point de vue suivant qui me paraît garder sa pertinence « Ma position est motivée par les éléments suivants : les études concernant les risques pour la santé et l’environnement apparaissent comme ne prenant pas suffisamment en compte le temps (il s’agit en l’espèce de prouver la sà»reté des sites concernés à l’échelle de plusieurs dizaines de milliers d’années) et n’intégrant pas suffisamment de marges d’incertitude (notamment dans les modèles mesurant l’impact des rejets dans l’environnement) ; par ailleurs des progrès paraissent devoir encore être accomplis s’agissant des dispositifs pérennes devant assurer le drainage et la surveillance des eaux ; enfin l’entretien et la surveillance prolongés, pendant plusieurs siècles, des ouvrages de protection devraient être d’emblée obligatoires et les servitudes d’Etat fixées en conséquence : de ce point de vue il semble que les solutions proposées ne soient pas encore satisfaisantes. Dans ces conditions et tant que des solutions ne garantissent pas une sà»reté de très haut niveau, je ne suis pas favorable à l’entreposage géologique des déchets nucléaires. De façon plus générale, je suggère d’inscrire dans la loi le principe selon lequel les combustibles irradiés placés dans un centre de stockage, quelques soient le mode de stockage et l’endroit qui sont choisis, sont récupérables pour toute raison relative à la santé publique ou à l’environnement ou pour en valoriser le contenu énergétique, et ceci durant toute la période de stockage. Cette position est motivée par le fait qu’il faut privilégier la réversibilité de tout entreposage tant il paraît difficile voire impossible, pour le stockage en sub-surface comme pour toute autre solution, d’apporter des garanties définitives. Par ailleurs il convient que des crédits importants soient affectés à la recherche et au développement en matière de réduction des rejets et des déchets ainsi que dans celui de la radioprotection ».
Cette position doit amener à réexaminer les positions actuellement prises sur l’enfouissement et le retraitement.
Enfin concernant l’issue du précédent débat public, je pense qu’une réflexion d’ensemble prenant en compte les expériences étrangères et les nécessités de la réorientation exposée ci-dessus doit être menée et aboutir à une loi nouvelle avec une orientation différente.
Enfin en matière de nucléaire militaire, je m’inquiète à l’instar d’autres responsables socialistes de la tendance à la banalisation de l’arme nucléaire (mini bombes, frappes préventives potentielles€¦) qui décrédibilise la politique internationale de non-prolifération, et favorise la surenchère nucléaire, y compris en laissant croire que la lutte contre le terrorisme pourrait être facilitée par l’utilisation de l’arme nucléaire. En l’état, je ne suis pas favorable à l’abandon de toute option ni de toute recherche notamment ce en qu’elles seraient de nature à protéger les populations.

J’espère de la sorte avoir répondu à vos interrogations.
Restant à votre disposition, je vous prie de croire, Mesdames, Messieurs, à l’assurance de mes salutations les meilleures.

Marietta KARAMANLI.