"La question des réfugiés en GRECE une question européenne qui met les Etats de l’Union face à leurs responsabilités" par Marietta KARAMANLI

samedi 23 juillet 2016

Le 21 juin 2016, je suis intervenue devant l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe dans le débat organisé sur la question des réfugiés en GRECE.
Au travers de la situation Grecque, c’est la situation des réfugiés en Europe qui se trouve posée.
Ce pays a à faire face à une vague d’immigration sans précédent récent qui créé une charge financière et sociale disproportionnée alors qu’il a été touché par le crise économique et a dû faire face à une réduction de ses dépenses publiques suite à un endettement insoutenable.
La question migratoire est d’abord un problème international et européen.
Comme je l’ai rappelé, la crise migratoire avait été sous-estimée par l’Union elle-même.
Des mesures d’aide et de sécurisation ont été, par la suite, prises. Elles ont été déterminantes.
Des mesures de régulation ont été à la suite adoptées avec, entre autres,
la mise en place de "hot spots", ou centres de traitement visant à accueillir et enregistrer les demandes des migrants selon leur situation et à n’accepter que les réfugiés fuyant la guerre ou la terreur.
Un accord a été conclu avec la Turquie critiquable mais indispensable en l’état.
Enfin des mesures sont en cours de mise en oeuvre avec notamment la création d’un corps européen de gardes frontières .
Enfin il convient , selon moi, de faire preuve de fermeté face aux Etats de l’Union Européenne qui refusent de prendre leur part dans la gestion commune des frontières et celle collective des réfugiés.
Ces éléments sont connus mais doivent être rappelés car ils constituent des "vérités" que trop souvent les discours populistes et "faciles" oublient, omettant de dire que ce sont les Etats qui font l’Union Européenne et que lorsqu’ils tardent à agir ou refusent de faire en commun c’est leur responsabilité qui est en cause et non celle d’une "administration" lointaine et oublieuse des citoyens nationaux.
Marietta KARAMANLI

« Les réfugiés en danger en GRECE », Intervention devant l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe , le 21 juin 2016

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs, les Parlementaires,
Chers Collègues,
Le débat sur « Les réfugiés en danger en GRECE » est un débat important pour notre Assemblée mais plus encore pour l’EUROPE en général.
Il met au cœur de nos débats non seulement la vie de ceux et celles qui fuient la guerre et les souffrances de populations civiles confrontées aux violences d’agresseurs et de dictateurs.
Il met au cœur de notre délibération les valeurs fondamentales qui fondent nos institutions européennes qu’elles soient du Conseil de l’Europe ou celles de l’Union Européenne à 28 membres.
J’ai eu l’opportunité de me rendre il y a quelques semaines en GRECE dans le cadre d’une mission organisée par l’Assemblée Nationale française pour y visiter les camps de réfugiés.
Je suis aussi la question des migrations au sein de la commission des affaires européennes de cette même assemblée
La discussion de ce jour se fait à partir du rapport de notre collègue Tineke STRIKE dont je voudrais dire l’opportunité et la position d’équilibre.
L’auteur rappelle la situation paradoxale de la GRECE confrontée à la fois à la crise économique et financière et à la crise migratoire dont elle doit gérer bien des aspects sans avoir les moyens.
Notre collègue parle d’une charge totalement disproportionnée.
Elle appelle à ce que la crise des réfugiés soit reconnue « pleinement comme un problème européen et global et non uniquement grec ».
Mon propos sera bref axé sur trois éléments.
D’une part, la question migratoire a été très sous-estimée par l’Union Européenne.
Il aura fallu la crise migratoire, avec l’afflux, en 2015, de plus de 1,5 million de personnes ayant franchi irrégulièrement les frontières, pour que l’on prenne conscience de ce qui, a posteriori, apparaît comme une évidence : la décision de partager un espace commun de libre circulation ne peut se concevoir sans un contrôle efficace des frontières extérieures.
N’oublions pas que l’Union européenne est née d’une volonté politique qui a voulu, pendant longtemps, faire abstraction de choix stratégiques dans les relations internationales et dans les moyens militaires à mettre en commun, les deux éléments étant liés. Ces insuffisances marquent l’absence de régime commun de traitement des frontières et de leur accès aux ressortissants d’Etats tiers.
D’autre part, l’Union Européenne a lancé plusieurs initiatives qui non seulement ont le mérite d’exister mais aussi sans lesquelles la crise aurait été plus grave au niveau européen.
Ainsi, les opérations maritimes des forces armées menées en mer Méditerranée par les États membres ont assurément sauvé de la mort plusieurs centaines de milliers de personnes – ce n’est pas rien ! – mais ont également mis un premier coup d’arrêt au large trafic des organisations criminelles, qui ont fait croire aux candidats à l’émigration que l’Europe pourrait les accueillir. Nous pouvons citer à ce titre les opérations maritimes Triton et Sophia, avec, pour cette dernière, l’approbation du Conseil de sécurité des Nations unies.
Puis, des centres d’enregistrement et de vérification des motifs d’entrée, les hot spots, ont été installés : ils sont la seule réponse qu’il était possible de donner face à l’ampleur du phénomène, là où le jeu ordinaire des règles européennes de Dublin III ne pouvait offrir de solution. En pratique, ils font reposer sur la Grèce et l’Italie la charge du premier accueil.
Par la suite, d’autres mesures provisoires de relocalisation ont été annoncées, mais celles-ci ne sont que très partiellement réalisées. Selon les chiffres rendus publics par l’Union européenne elle-même, au début de mai 2016, seules 1 440 personnes avaient effectivement pu bénéficier du mécanisme de relocalisation, sur les 160 000 prévues, soit moins de 1 %.
Parallèlement, l’Union européenne a progressé, pas toujours à la vitesse à laquelle nous le souhaiterions, mais de façon plus assurée et plus cohérente. Je rappelle ici qu’un projet de règlement européen établissant une liste commune de l’Union de pays d’origine sûrs, pour l’octroi et le retrait de la protection internationale, est en cours de discussion au Parlement européen. La commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale a délibéré, il y a seulement deux semaines, sur un autre projet de règlement européen créant un corps de gardes-frontières. C’est, là encore, un progrès.
L’accord avec la Turquie a marqué une nouvelle étape. Compte tenu de la position stratégique de la Turquie, qui permettait à de nombreux passeurs de convoyer à partir des côtes turques des embarcations de migrants, l’Union européenne a décidé de signer, le 18 mars 2016, un accord avec ce pays pour tenter de mettre fin à ces flux clandestins.
Cet accord est critiqué et critiquable, notamment en ce qu’il peut créer un effet d’aubaine pour des États peu regardants. Mais il est un pis-aller car la coopération avec la Turquie était et reste nécessaire.
Enfin je voudrais souligner l’attitude égoïste de plusieurs Etats et dirigeants politiques qui refusent une solidarité qui décline pourtant les principes dont ils se prévalent.
Comment accepter que des Etats pourtant bénéficiaires de l’espace européen et ses mécanismes d’aides puissent considérer que les réfugiés je ne parle pas de l’immigration économique irrégulière seraient mieux dans des Etats dictatoriaux.
J’appelle de mon côté à ce que les sanctions prévues ou à prévoir soient appliquées avec la même fermeté qu’ils appellent à fermer leurs frontières et à ne pas appliquer le droit auquel leur Etat est tenu.
Accepter une gestion mutualisée des frontières extérieures et faire progresser les mécanismes obligatoires et les moyens partagés sont de nature à renforcer la construction d’une association forte des Etats Européens capable d’accueillir dignement les réfugiés.
Ces deux actions sont aussi de nature à faire que l’Europe qui croit à ses valeurs fondamentales et les appliquent relance un processus de construction qui donne envie aux citoyens d’aller plus loin.
Je vous remercie pour votre attention.