Marietta KARAMANLI " Face à l’Irlande , l’Europe ne fait pas preuve de solidarité et donne aux marchés financiers un signal de doute sur la capacité de ce pays à honorer ses engagements"

jeudi 3 mars 2011

Le week-end dernier les 26 et 27 février 2011, en Irlande l’opposition a gagné les élections législatives. Le Fine Gael (centre) a remporté plus de 36% des suffrages et le Labour (gauche) a recueilli près de 20% des voix. L’opposition réclame une renégociation du plan signé avec l’Union européenne et le Fonds monétaire international, pour juguler les déficits publics. Elle demande notamment une réduction du taux d’intérêt auquel l’UE prête à Dublin, jugé "punitif".
Au début février j’ai interrogé à la commission des affaires européennes de l’Assemblée Nationale le secrétaire d’Etat irlandais à l’Europe et la ministre de l’économie française m’étonnant des taux de prêts très élevés, réclamés aux dits Etats et constituant une prime de risque qui les affaiblit davantage tout en donnant aux marchés financiers le sentiment que l’Europe n’a pas confiance dans ces Etats.
En cela l’Europe ne fait pas preuve de solidarité et donne aux marchés un signal de doute.
Le taux d’intérêt sur la dette Irlandaise à dix ans est de 9 %, à ce taux même les Etats les moins fragiles et les moins endettés connaîtraient des difficultés supplémentaires et graves.
Cette situation est incompréhensible tant au plan de la solidarité entre Etats qu’au niveau de la diffusion du doute qu’ont les marchés sur la capacité des Etats de tenir leurs engagements budgétaires.
Depuis de nombreux mois, je fais valoir les insuffisances d’une telle politique pour les Etats comme pour leurs populations touchées par l’austérité qui en résulte.

Commission des affaires étrangères, Mercredi 2 février 2011
Séance de 11 h 00, Compte rendu n° 33,

Coprésidence de M. Axel Poniatowski, président et de M. Didier Quentin, vice-président de la commission des affaires européennes

Mme Marietta Karamanli.

Après la Grèce, l’Irlande a fait l’objet de mesures de soutien de son économie, notamment à travers un fonds de stabilité. Mais en demandant des mesures d’assainissement tout en pratiquant des taux de prêt très élevés et en réclamant une prime de risque, laquelle affaiblit davantage encore ces États tout en donnant aux marchés financiers le sentiment qu’elle n’a pas confiance, l’Europe, d’une part, ne pratique pas la solidarité et, d’autre part, donne aux marchés un signal de doute quant à la capacité des États à tenir leurs engagements. Que pensez-vous de cette attitude ?

M. Dick Roche.

Je vous remercie de cet échange très franc.

En ce qui concerne l’euro, nous n’assistons pas en Irlande à un mouvement populiste anti-européen. Lors du second référendum irlandais sur le traité de Nice, j’ai moi-même expliqué au peuple irlandais pourquoi il était juste de traiter de la même manière tous les travailleurs européens, d’où qu’ils viennent, et d’assurer la libre circulation. Il n’y a pas eu de réaction négative vis-à-vis des immigrants, comme il y en a eu dans d’autres pays ; le sort que nous leur réservons est celui que nous souhaitons pour ceux de nos compatriotes qui vont travailler dans d’autres pays.
...

Dans la perspective de l’intervention de l’UE / FMI, il y a eu une forte pression due à des informations diffusées dans certains médias les jours qui ont précédé la date du 28 novembre, et qui visaient à nous forcer la main. Cela a été préjudiciable, au moins en ce qui concerne le calendrier des décisions, et donnait l’impression d’un manque de solidarité.

Je pense que les citoyens européens sont en faveur des mesures difficiles que nous avons prises. En revanche, ceux qui jouent sur les marchés n’ont pas de scrupules à attaquer l’Europe. Il faut aussi éviter que l’Europe nous emmène sur un terrain où nous ne voulons pas aller, celui de la spéculation financière.

Nous avons subi beaucoup de critiques au moment de l’élaboration du plan de sauvetage, et cela ne nous a pas aidés. Je pense que les États petits et moyens en Europe en ont encore gros sur le cÅ“ur.

Commission des affaires étrangères, Mercredi 2 février 2011
Séance de 16 h 15, Compte rendu n° 34

Coprésidence de Mme Martine Aurillac, vice-présidente, puis de M. Axel Poniatowski, président et de M. Michel Herbillon, vice-président de la commission des affaires européennes

Mme Marietta Karamanli.

Madame la ministre, demander des mesures d’assainissement à la Grèce et à l’Irlande, tout en pratiquant à leur encontre des taux de prêt très élevés, n’est-ce pas à la fois leur imposer une prime de risque qui les affaiblit davantage encore et donner aux marchés le sentiment que l’Europe n’a pas confiance en eux ?

Généralement, l’Europe ne fait pas preuve d’une suffisante solidarité à l’égard des petits pays, ce qui sème le doute parmi les marchés sur la capacité de ces pays à tenir leurs engagements budgétaires. Comment comptez-vous remédier à cette situation incompréhensible ?

Par ailleurs, Hervé Gaymard et moi-même sommes chargés, par la Commission des affaires européennes, de préparer un rapport sur le cycle de Doha, que la chancelière Angela Merkel a évoqué à Davos et dont les négociations sont en panne depuis dix ans.

Selon M. Lamy, de l’OMC, que nous avons auditionné, 20 % du cycle sont encore à négocier. Comment la France, présidente du G20 et du G8, compte-t-elle relancer les négociations.