Marietta KARAMANLI « Le message de soutien des socialistes français aux socialistes grecs »

samedi 3 octobre 2009

Pasok

Demain 4 octobre 2009, les électrices et électeurs grecs sont appelés aux urnes pour désigner leurs députés. Il est rare que je consacre quelques lignes à l’actualité politique dans un autre pays, fà»t il européen.
Je dérogerai à cette habitude en mettant en ligne les deux messages que j’ai enregistrés à la demande du parti socialiste français en vue d’apporter son soutien aux parti socialiste grec (Pasok).
Originaire de ce pays, en parlant la langue, j’y ai encore mes parents, de la famille et de nombreux amis. Par ailleurs mes travaux universitaires ont porté sur la religion, l’Etat et la société grecs.
Pour consulter les messages copier et clique sur les liens qui suivent :
http://www.youtube.com/watch?v=eqSUg6amsx8
http://www.youtube.com/watch?v=U_xHzmbmhf4>

Je profite d’ailleurs de cette occasion pour publier une intervention déjà ancienne de trois ans présentant « La Grèce en Europe ». Ce texte garde son actualité. Plusieurs personnes m’avaient demandé de la republier.

Mon texte "La Grèce en Europe"
10 novembre 2006

L’appartenance à l’Union Européenne est souvent présentée sous l’angle de la convergence économique, réelle aujourd’hui, alors même que la motivation initiale du pays à adhérer à l’Europe a été et reste politique.

Toutes ces dernières année les partis politiques ont eu souci de réussir l’adaptation économique de la GRECE au sein de l’Union Européenne et de faire accepter le pays comme un partenaire financier fiable par les autres Etats membres.

Il s’est agi non seulement d’améliorer la situation économique du Pays mais aussi pour l’Etat et la Nation grecs d’être considérés comme des égaux des autres Etats et Nations lui permettant ainsi de faire entendre sa voix et valoir ses droits.

L’Europe n’apparaît pas seulement comme un idéal économique ou social à atteindre coà»te que coà»te, mais plutôt l’instrument de la réhabilitation de la GRECE dans le concert des nations européennes.

Si l’effort d’adaptation macro-économique a été mis en avant tout au long de ces deux dernières décennies, ce qui a fondamentalement changé en 30 ans (disons depuis la sortie de la dictature en 1974 pour faire simple), c’est la conception que se fait la GRECE de sa place et de son rôle en Europe et de celle qu’en retour lui donne l’Europe et ses autre partenaires de ses propres place et rôle.

Je vais tenter de vous présenter cette thèse :
-  En vous rappelant quelques éléments significatifs (géographiques, historiques et politiques) de la GRECE,
-  En vous présentant la motivation originelle de l’adhésion, ses effets économiques et sociaux et enfin la renversement de perspective politique que cette participation a réalisée ou contribué à réaliser.

I Connaître pour comprendre

1) Un pays d’une taille géographique limitée

Dans sa configuration actuelle le territoire national a une superficie de 132 000 kilomètres carrés pour une population de 10 700 000 habitants environs.
La population est très largement orthodoxe (à 96 %) , la religion orthodoxe est considérée par la Constitution comme « religion dominante ».
Sa taille et sa population sont donc réduites.
Ses frontières terrestres sont longues de 1 210 kms (Bulgarie 494 kms ; Albanie 282 kms ; Macédoine 228 kms ; Turquie 206 kms et son littoral l’est encore plus s’étendant sur plus de 13 600 kms.
Cette petite taille a probablement constitué pendant longtemps un inconvénient majeur pour le développement économique du pays. La combinaison d’une population réduite et de revenus par habitant d’un bas niveau ont fait de la GRECE un marché intérieur trop petit pour atteindre un niveau d’efficacité industrielle suffisant. La GRECE n’a donc jamais été une puissance industrielle.

2) Des frontières historiquement complexes

Les données géographiques nous disent aussi que la GRECE est recouvert à 70 % de montagnes.
Il faut ajouter à cela que les frontières naturelles du pays sont aussi des frontières politiques importantes en EUROPE et ce depuis plusieurs décennies.
Au Nord, l’arrière pays a constitué pendant toute la période de l’après seconde guerre mondiale un élément du rideau de fer.
A l’Est, l’autre frontière naturelle du commerce grec a été pendant longtemps fermée à raison des antagonismes persistants avec la TURQUIE, principal concurrent politique et militaire de la GRECE dans la région.
Aujourd’hui encore, la localisation géographique du pays n’est pas favorable à son développement. La GRECE a été éloignée des marchés européens ; étant un des membres de l’Union les plus éloignés de ses partenaires commerciaux, elle a connu un handicap que n’ont pas eu nombre de ses partenaires. Elle n’a d’ailleurs aucune frontière terrestre commune avec un des autres membres de l’Union au moins jusqu’au 1er janvier 2007 date de l’entrée de la Bulgarie dans l’Union.
Cette localisation dans une zone "suppurant" d’antagonismes a été par ailleurs un obstacle au développement économique dans la mesure où l’Etat a eu d’importantes dépenses de sécurité environs entre 5,5 et 7 % jusqu’aux années 1980 . Le poids des dépenses de sécurité a baissé d’un peu de 20 % depuis un peu de moins de 20 ans.

3) Une histoire politique intérieure heurtée

Depuis la proclamation de son indépendance en 1821 (en fait reconnu quelques années après) le nouvel Etat grec a connu divers régimes politiques où chaque fois le pouvoir était centralisé et autoritaire.
Pour faire simple, je dirais que le recours à l’autoritarisme trouvait sa justification dans une sorte « d’anarchie latente » : les groupes et les individus trouvaient dans la force et le clan un substitut à une véritable participation au pouvoir de la communauté politique.
Cela s’explique selon moi par le fait que la Nation grecque est apparue dans l’Empire ottoman d’abord comme une communauté de langue et de religion mais aussi de refuge.
Par la suite les réseaux de patronage ou de clientèle dans le cadre du nouvel l’Etat permettront, de développer un sentiment d’appartenance et de citoyenneté chez le plus grand nombre alors même que dominaient quelques grandes familles. Le pouvoir, en particulier d’Etat, était essentiellement conçu comme un pouvoir sur les Institutions et sur l’armée mais pas comme une capacité de régulation sociale et économique.
L’instabilité politique était pour partie la conséquence d’une défaillance de conception commune de ce qui était la nation hors la langue et la religion.
Le dernier soubresaut de cette « démocratie inachevée » a été celui de la dictature des colonels de 1967 à 1974 (et dont les prémisses ont été racontés avec intelligence par Costa Gavras dans son film « Z » )

4) Des limites territoriales et « affectives » difficiles à fixer

Les Grecs sont restés sous le joug ottoman pendant près de quatre siècles .
La GRECE créée par le traité du 3 février 1830 n’est pas la GRECE que nous connaissons aujourd’hui. Pour faire simple le nouveau royaume était, à l’origine, un Etat essentiellement péninsulaire.
En quelque sorte le nouvel Etat était désaxé par rapport à ce qui toujours été jusqu’ici sa représentation « idéale » à savoir l’archipel égéen.
Pour ne prendre qu’un exemple l’exacerbation des relations avec la TURQUIE, notamment en ce qu’elles concernent les droits de chaque Etat sur la mer EGEE, s’expliquent, au-delà des exploitations nationalistes, par un fort sentiment que le pays est d’abord un archipel avant d’être une péninsule.
L’idée d’une extension territoriale et d’un recouvrement des forces humaines et économiques grecques dispersées autour de la mer EGEE a été pendant longtemps un véritable projet politique au sens où le corps social en avait fait un but et l’avait ordonné parmi d’autres missions de l’Etat comme une priorité.
Ce fut l’idéologie de « La GRECE des 5 Mers ».

Cette idéologie n’a pas été pour rien dans la façon dont conçues les relations avec CHYPRE ont longtemps été conçues. Imagine-t-on parler d’un Etat où l’idéologie de la Nation jouerait un si grand rôle historique sans évoquer l’enjeu intérieur et international que représenterait le non rattachement au dit Etat d’un territoire où vivrait, majoritaire, une population aux caractères de langue et de religion en tous point comparables à ceux ayant nourri le sentiment national et justifié la création de l’Etat.

Placée sous l’administration britannique à compter de 1878 puis formellement annexée en 1914 avant de devenir une colonie de Sa Majesté en 1925, CHYPRE a fait l’objet jusque dans les années 1950 de fortes demandes de rattachement à l’Etat Grec de la part de sa population à 80% d’origine hellénique. Par la suite, l’émergence d’un mouvement nationaliste chypriote grec, l’éloignement avec la junte des Colonels, puis l’intervention et l’occupation turques ont mis à mal l’idée d’un regroupement€¦

Voilà présentées quelques unes des données démographiques, géographiques et politiques de la GRECE contemporaine.
Elles sont importantes pour comprendre la place et le rôle que joue et entend jouer la GRECE dans l’Union.

II Adhésion démocratique, modernisation économique et changement de perspective politique

La participation de la GRECE à l’Union Européenne a pour base la volonté de conforter la démocratie dans la Pays ; elle a eu pour effet de faire converger l’économie et les modes de vie et a pour résultat une remise en question de perspective politique.

1) Une adhésion à visée démocratique

Le jour de la chute des Colonel, Constantin KARAMANLIS, exilé en FRANCE, est revenu en GRECE. Une nouvelle page de l’histoire de l’Etat grec moderne était tournée.
Une nouvelle Constitution fut promulguée le 11 juin 1975 ;
elle établit un régime républicain (art 1) de démocratie représentative où l’Assemblée Nationale, chambre unique, composée de 300 députés élus pour 4 années devenait l’expression de la Nation Hellène.
Le régime connut l’alternance politique, en 1981 avec l’accession au pouvoir du PASOK qui succéda à la Nouvelle Démocratie.

L’histoire de la participation à la future Union avait commencé en fait le 9 juillet 1961, date à laquelle fut conclu entre la GRECE et la Communauté européenne un accord d’association

En 1974, KARAMANLIS voyait dans l’adhésion à la Communauté
-  une compensation à la détérioration des relations de la GRECE avec son « patron » traditionnel les Etats-Unis,
-  des garanties pour les institutions démocratiques nouvellement établies
-  et une protection contre la menace turque.

S’agissant des bénéfices économiques et administratifs que la GRECE pouvait attendre de son adhésion, ils relevaient davantage d’une croyance que d’une analyse rationnelle.
Constantin KARAMANLIS, architecte de l’adhésion, avait exprimé cette idée en disant que l’entrée de la GRECE dans l’EUROPE revenait à pousser les grecs dans la mer pour voir s’ils pourraient nager.
De plus, KARAMANLIS sut exploiter le sentiment de culpabilité de l’EUROPE né de son inertie pendant la dictature.
Il arguait du fait que la GRECE était à la source de notre civilisation . Cette volonté d’intégrer rapidement l’EUROPE reçut le soutien d’un certain nombre de Grecs qui y voyaient une légitimation de son appartenance à l’Occident et la levée des incertitudes quant à son identité
Durant la période 1974 à 1981, il y eut en fait peu de discussions de fond sur ce que voulait dire concrètement pour la GRECE l’appartenance à l’EUROPE.

L’EUROPE communautaire était vue surtout dans ses dimensions €œ mythologiques ».

Pasok

L’arrivée au Gouvernement du PASOK (Parti Socialiste Grec) marqua une nouvelle période. Les socialistes avaient fait campagne sur le thème du changement y compris en matière européenne. Leur principale proposition consistait en la tenue d’un référendum qui devrait permettre de choisir entre la pleine appartenance et un accord particulier d’association.

En fait il, s’agissait plus de revendiquer la prise en compte des particularités que de refuser l’intégration.
La ratification de l’Acte Unique Européen, en 1987, marqua à l’évidence une relance du processus d’intégration européenne
Comme le résument parfaitement le Professeur Constantin STEPHANOU, €œ La GRECE fait partie des Etats membres qui depuis le début des années 90 soutiennent que l’approfondissement de l’intégration européenne est une condition préalable à tout nouvel élargissement. En d’autres termes, la thèse politique de base de la GRECE consiste en la volonté de développer l’intégration européenne vers une forme d’organisation fédérale  ».
Aujourd’hui le sentiment europhile reste fort. Les Grecs sont fiers d’être Grecs et fiers d’être Européens.
L’adhésion s’est accompagnée aussi d’une modernisation économique et d’une ressemblance des modes de vie.

2) Une modernisation économique et la ressemblance des modes de vie
L’entrée de la Grèce dans l’Union européenne en 1981 a permis au pays de se développer économiquement et à la population d’adopter un mode de vie proche de celui de l’Europe occidentale.

2.1 La modernisation économique

2.1.1 La GRECE a bénéficié des fonds européens
En effet, avec un PIB par habitant alors inférieur à la moyenne européenne, elle a profité des mécanismes de redistribution, mis en place dans les années 1980, comme les fonds structurels. La Grèce est bénéficiaire nette au regard du budget européen.
En 2004 - 2005 , le solde entre sa contribution (un peu moins de 2 milliards -1,9 ME- et les fonds reçus était de un peu plus de 4 milliards d’euros. Le budget total de l’Union est d’environs 110 milliards d’euros.

2.1.2 La GRECE a engagé et réussit sa convergence économique
Parallèlement la convergence nominale de l’économie grecque avec les économies des partenaires plus riches de l’Union Européenne a été assez rapide.
Les principaux indicateurs macroéconomiques se sont améliorés progressivement. En 2001, la balance de l’Etat entre les revenus et les dépenses a été favorable grâce à l’application d’une politique plus prudente par l’Etat dans le domaine des finances publiques.

Cette amélioration devait conduire à une réduction du déficit public de 10% du PIB en 1995 à moins de 5 % dix ans plus tard.
Parallèlement au cours de la même période, les dépenses sociales du pays ne se sont pas réduites, mais au contraire accrues. En conséquence, actuellement les dépenses sociales excèdent la moyenne de l’UE.
Enfin en matière de commerce, il convient de noter que les pays de l’UE absorbent près de 64,3% des exportations grecques et fournissent 64,4% de ses importations totales (1996).

2.1.3 La croissance est là mais avec de fortes inégalités
Le taux de croissance de l’économie grecque, depuis 1994 manifeste une accélération de 3,2% par an, excédant ainsi le taux moyen de l’UE.
Elle renforce ainsi son potentiel pour une plus rapide convergence. Malgré une conjoncture économique internationale instable, la croissance du PIB les prochaines années sera sans doute parmi les plus importantes de l’UE et certainement plus élevée que la moyenne européenne, contribuant par conséquent à un rythme plus rapide de convergence réelle.
Reste que cette croissance n’a pas éradiqué les fortes inégalités qui existent.
Avec 21 % de taux de pauvreté, la GRECE est en queue de peloton, juste derrière la Portugal avec 19 % et à égalité avec l’Irlande.

Taux de pauvreté en 2003
Unité : %
Taux de pauvreté
Union européenne (25 pays) (1) 15
Union européenne (15 pays) (1) 16
Finlande 11
Suède (2) 11
Danemark 12
France 12
Pays-Bas (2) 12
Autriche 13
Belgique 15
Allemagne (incluant l’ex-RDA à partir de 1991) 15
Royaume-Uni 18
Espagne 19
Italie (1) 19
Portugal 19
Grèce 21
Irlande 21

(1) données 2001, (2) données 2002
Seuil de pauvreté : 60 % du revenu médian
Source données : Eurostat, sept 2005.

De plus le chômage est élevé notamment chez les femmes 15,6 % ; le taux de chômage de longue durée est important à 5,4 %

Faible taux d’emploi.
On ajoutera que les inégalités et disparités salariales permanentes entre les femmes et les hommes sont significatives.
Taux de chômage . . . . . . . . . . . . . . . . . .10,5 %
Taux de chômage des femmes . . . . . . .15,6 %
Taux de chômage de longue durée . . . .5,4 %
Taux de chômage des jeunes . . . . . . . .10,2 %
A la convergence économique fait écho la ressemblance des modes de vie.

2.2 La ressemblance des modes de vie avec l’Europe de l’Ouest

Deux exemples illustreront mon propos.
En matière d’urbanisation , la GRECE est devenue en quelques années un pays plus urbain et moins rural : en 1950, 50 % de la population vivait en zone rurale, en 2001, il n’y en avait plus que 28 % , près de la moitié moins.
En matière de natalité, le taux de fécondité général a baissé continuellement depuis 20 ans, en 1981, il était de 2,09 naissances par femme pour chuter ensuite en 1993 à 1,34 et 1,31 en 2004.
La modernisation a coïncidé avec un renversement de perspective politique.

3) Un changement de perspective politique
Ce changement peut se résumer de la façon suivante : être un petit pays n’est plus un inconvénient c’est un atout !

3.1 Les avantages d’être un "petit pays".

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les Grecs ont la plupart du temps considéré que vivre dans un petit pays présentait fondamentalement plus d’inconvénients que d’avantages.

Selon le professeur DIMITRAKOS, €œ l es Grecs dans les deux derniers siècles de l’histoire moderne ont grandi avec l’idée que la petite taille de leur pays le plaçait dans une position inférieure. De là, un petit pays ne pouvait pas être dominant même dans ses domaines d’excellence € .

L’absence de perspectives de mieux être, à court et à moyen termes, motivait le départ vers l’étranger et expliquait une forte émigration (on estime à 4 millions les Grecs vivant à l’étranger, dont 2 millions aux U.S.A. et 35.000 en France).

Aujourd’hui les choses changent : reprenant les arguments développés par des économistes, les politiques en viennent à considérer qu’un petit pays a l’avantage de la solidarité et de la souplesse dans sa politique, économique, extérieure et de défense.

A l’inverse, les avantages d’un grand pays sont aujourd’hui contrebalancés par de gros problèmes internes qui rendent la gestion de l’Etat plus difficile et le pouvoir plus éloigné de la société.
Les petits pays et Etats sont, eux, non seulement, jugés viables mais encore considérés comme des pays riches et sans dysfonctionnements institutionnels ou politiques graves. Ces petits pays cherchent à s’intégrer dans de plus vastes ensembles organisés .

Les grandes organisations internationales assurent les avantages d’une sécurité collective tout en conservant aux pays membres leurs particularités et en servant leurs besoins. Cette analyse justifie l’avis favorable de la GRECE à l’intégration à moyen terme de la TURQUIE à l’Union.

La puissance d’un Etat ne se mesure plus à sa politique d’extension mais davantage à ses réseaux d’influence et à sa reconnaissance par les autres entités de la vie intergouvernementale.

Le changement de perspective en matière de projet pour l’Etat a donc pour effet de ne plus lier la place internationale de celui-ci à sa grandeur géographique ou démographique mais à son intelligence des situations.

De ce point de vue, l’Europe constitue un véritable atout et plus une contrainte.

Ce renversement de perspective s’est progressivement diffusé. Il modifie l’appréciation portée en politique extérieure mais aussi la façon dont les Grecs conçoivent la « Grécité » (le caractère de ce qui est Grec) !

3.2 Un changement porté vers l’extérieur et accepté à l’intérieur

3.2.1 Porté vers l’extérieur

La politique diplomatique suivie par la GRECE depuis dix ans tend à mieux prendre en compte ce postulat de base.

Pour ne prendre qu’un exemple, la Grèce, grâce à sa position géographique et à sa proximité de pays ne possédant pas l’infrastructure requise dans le secteur de l’énergie, a récemment commencé à coordonner ses efforts pour devenir le carrefour énergétique de toute la région.

La Grèce est ainsi devenu le seul pays de la région en mesure d’organiser les réseaux potentiels d’énergie ainsi que la coopération entre les pays des Balkans, de la mer Noire et de l’Asie centrale.
Cette nouvelle orientation de l’économie grecque avait été érigée au rang d’orientation géo-économique par Constantin SIMITIS, l’ancien Premier Ministre socialiste grec€œ La GRECE n’est pas seulement un marché de dix millions de consommateurs. Elle s’est développée comme l’une des nations les plus dynamiques et les plus avancées dans un marché en expansion qui en compte cinquante millions et qui est continuellement en développement € .

3.2.2 Accepté à l’intérieur

Ce qui est accepté à la tête de l’Etat paraît, aussi, avoir été intériorisé par les citoyens. L’opposition n’est plus autant entre "un ailleurs", porteur de changement individuel, et un "ici" collectif marqué par la fatalité.

Si le changement est revendiqué par les dirigeants et le sommet de l’Etat, les citoyens y sont résolus et / ou résignés.

3.3 La question de l’identité grecque, là-bas comme ici ?

La question de la taille de l’Etat-Nation pose, il est vrai, celle de l’identité nationale et de la signification de qu’est "être grec aujourd’hui".
Ce changement de perspective s’illustre aussi par l’inversion des flux de migration : la GRECE est passée du statut de terre d’émigration à celle d’immigration. Les immigrés représentent aujourd’hui environs 10 % de la population .

Au mythe de la nécessité d’un grand pays a correspondu l’idée d’une sorte de peuple "authentique".
Progressivement est acceptée la mixité de l’origine nationale : on est grec non seulement par naissance et famille (on est né en GRECE, on parle grec et on est orthodoxe), mais aussi par adoption c’est à dire par intégration (à la condition de s’intégrer à la civilisation du pays, d’apprendre et de connaître la langue, d’accepter la manière de vivre et les lois de la République hellénique) .

La question posée là-bas renvoie aussi à celle posée ici !

Marietta KARAMANLI
Docteure en Sociologie Politique