Marietta KARAMANLI "Mon opposition à la politique étrangère de la droite ; pourquoi j’ai voté contre la réintégration de la FRANCE dans le commandement militaire de l’OTAN"

jeudi 19 mars 2009

De nombreux Sarthois m’ont écrit pour connaître ma position sur la décision du Gouvernement Fillon d’engager sa responsabilité sur une déclaration de politique étrangère et sur le fait de l’autoriser à ce que la France réintègre le commandement militaire de l’OTAN. Je leur ai fait savoir mon opposition à la politique étrangère du Président et du Gouvernement mettant en avant l’incohérence des choix, l’absence de respect des peuples, l’insuffisance de présence diplomatique à certains endroits. Plus particulièrement sur l’OTAN, j’ai rappelé que ce choix était contraire à l’idée d’un monde multipolaire et plus équilibré, mettait en cause notre liberté de choix ( aurions nous pu nous opposer à la 2ème guerre en IRAK ?), tuait l’idée d’une défense européenne. L’ensemble de ces raisons m’ont amenée à voter contre cette déclaration et cette réintégration contraire aux intérêts de notre pays et de l’Europe.

Extraits de mon courrier aux personnes m’ayant sollicitée sur la question de la politique étrangère du Président Sarkozy et du Gouvernement Fillon.

Madame, Monsieur,

Vous avez bien voulu faire part de vos préoccupations et demandes à propos de l’engagement de la responsabilité du gouvernement en application de l’article 49-1 de la Constitution sur sa politique étrangère et sur le vote qu’il appelle.

Plus précisément, vous souhaitez un vote contre le retour de la France dans le commandement militaire de l’Otan.

Lors de la discussion parlementaire, les députés du groupe socialiste radical et citoyen auquel j’appartiens à l’Assemblée Nationale et qui avaient été choisis collectivement pour intervenir, ont fait part de notre opposition à la politique étrangère du gouvernement Fillon et du Président Sarkozy.

Sur la procédure choisie, l’engagement de la responsabilité a été préféré à un vote simple puisqu’il a obligé les députés de la majorité à ne pouvoir choisir qu’entre un vote favorable à l’ensemble de la politique étrangère (sans discussion ou vote contre le seul projet de réintégration du commandement militaire de l’OTAN) ou le dépôt d’une motion de censure ce qui de la part d’une majorité élue sur le nom du Président était plus qu’improbable !

Sur le fond, nous avons dénoncé la globalité de la politique étrangère rappelant notamment les « palinodies » présidentielles absolument incompréhensibles sur nos relations avec la Chine ; le scandaleux discours de Dakar sur « l’homme africain », la difficulté d’établir des relations stables avec nos voisins européens, et notre absence de ce continent du futur qu’est l’Asie et du Pacifique, alors que c’est là que se jouera l’avenir dans bien des domaines.

Sur le fond encore, nous avons exprimé notre souhait d’un monde multipolaire et notre opposition à la logique des blocs à laquelle correspond la défense de l’OTAN et à une certaine conception de « l’Occident », concept dangereux quand il est à la base de tensions dans le monde.

A cet égard, nous avons rappelé que le pacte atlantique et l’action de l’OTAN, initialement conçus d’une manière strictement défensive, et uniquement sur l’Europe, nous faisaient agir aujourd’hui jusqu’en Afghanistan€¦(fin 2008 j’avais voté contre la prolongation de l’intervention des forcées armées françaises en Afghanistan).

Sur le fond toujours, nous avons dénoncé la logique gouvernementale selon laquelle il faudrait d’entrée de jeu, être à 100 % dans l’OTAN et voir seulement ensuite quel serait le futur de celle-ci. Au moment de la deuxième guerre d’Irak, qui peut croire que si nous avions réintégré le commandement militaire de l’OTAN, la France aurait pu avec la vigueur qu’elle a suscitée, prendre la tête d’un mouvement qui était juste et qui a fait école partout dans le monde ? Nous aurions été dans l’incapacité pratique et politique de nous opposer à une participation à cette guerre.

Enfin sur le fond, nous sommes opposés à cette réintégration car elle « tue » l’idée d’une défense européenne. En effet toute une série de pays de l’Est sont opposés à la constitution d’une défense européenne. À partir du moment où la France €“ qui défend, jusqu’ici, un pilier européen €“ est elle-même ralliée à une intégration de l’OTAN, peut-on croire que les pays de l’Est, et d’autres, vont défendre ce concept que la France elle-même aura d’une certaine manière, à leurs yeux, abandonné ? Non.

L’ensemble de ces raisons a justifié notre opposition à la déclaration de politique étrangère du Gouverment. J’ai voté contre cette déclaration gouvernementale et la décision du Président de réintégrer le commandement militaire de l’OTAN.

Espérant avoir répondu à vos interrogations, je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l’assurance de mes salutations les meilleures.

Marietta KARAMANLI