Marietta KARAMANLI aux rencontres parlementaires de l’épargne "Aider les Français à mieux épargner"

jeudi 28 février 2013

Le 6 février dernier ont eu lieu les 22èmes rencontres parlementaires de l’épargne.
Présidente du groupe d’études sur les les assurances à l’Assemblée Nationale, dont j’avais demandé la création sous cette législature, j’ai été invitée à y participer pour une intervention sur "Epargne et croissance".
J’ai souhaité répondre à deux questions.
- La première question est celle de savoir si dans notre pays les particuliers épargnent trop ou pas assez.
Dans ce cadre j’ai rappelé les liens existants entre épargne et développement économique.
Certains économistes considèrent pourtant que l’épargne doit poursuivre comme seul objectif l’optimisation des familles qui épargnent malgré on le sait l’utilisation dynamique possible des sommes ainsi disponibles pour le développement des entreprises.
J’ai rappelé aussi que l’épargne peut provoquer des déséquilibres au lieu de fournir des réserves pour se prémunir contre les "coups durs".
- La seconde question est celle de la nature et de la portée des mesures et incitations qui peuvent permettre aux français de mieux épargner sur le long terme.
J’ai fait la constat de la complexité de l’offre d’épargne.
J’ai posé la question de la place et du rôle de la fiscalité.
J’ai suggéré de développer de nouveaux instruments qui tiennent compte des difficultés des ménages et de risques parfois insuffisamment appréciés.

Le texte de mon intervention

Messieurs les Présidents de ces rencontres,
Cher Collègues,
Mesdames et Messieurs,
Tout d’abord, je souhaite vous remercier de votre invitation et de votre accueil.
Le thème de notre session est « Epargne et Croissance »
Mon propos s’articulera autour de deux questions qui, toutes deux, ont une dimension pratique et politique au sens de dimension collective voulue.
La première est celle de savoir si dans notre pays les particuliers épargnent trop ou pas assez.
La seconde est celle de la nature et de la portée des mesures et incitations qui peuvent permettre aux français de mieux épargner sur le long terme.

I Les risques du « trop ou pas assez » d’épargne

Plusieurs types de risques existent dont l’origine et les effets concernent pour les uns l’économie et pour les autres les particuliers, même s’il me semble difficile de disjoindre les sujets.
Le premier risque serait d’avoir une vision de principe séparant l’épargne et le monde de l’entreprise.
Personnellement je ne sais pas répondre à la question de principe de savoir si l’épargne a pour objectif premier et exclusif de favoriser l’optimisation du bien-être des ménages dans une perspective de cycle de vie ou si cet objectif est indissociable de celui du développement de l’économie dans laquelle ces mêmes ménages évoluent.
La théorie semble dire qu’à chaque objectif de politique économique doit correspondre son propre instrument.
Je remarquerai modestement qu’une épargne sans connexion avec les besoins de développement économique priverait les entreprises d’une source significative de financement.
Les seules assurances n’ont-elles pas franchi en 2012 le cap des 1000 Mds ‚¬ de placements dans des entreprises.
Le deuxième risque serait d’envisager l’épargne sans lien avec ce qui la génère.
Dans certaines situations l’épargne peut en effet provoquer des déséquilibres au lieu de fournir des réserves pour se prémunir contre les coups durs.
C’est le risque, ici, d’une abondance d’argent née d’un mauvais partage de la valeur ajoutée au détriment des salaires et au bénéfice de profits convertis en épargne, plus ou moins spéculative.
J’en viens maintenant aux particuliers. Deux risques doivent être appréhendés.
Le premier risque est que ce qui conduise les particuliers à épargner ou à ne pas épargner soit le fait d’anticipations mal fondées, que ce soit par pessimisme ou par incertitudes. Les décisions des ménages en matière d’épargne sont ainsi affectées par certains biais.
Le second risque est pour les particuliers de ne pas épargner de façon adaptée. Les choix d’allocation d’actifs des ménages sont souvent très éloignés des recommandations de base auxquelles les analyses compétentes peuvent aboutir : décisions en fonction des seuls rendements passés ; choix de dispositifs redondants ; option par défaut plutôt que choix volontaire€¦
J’en viens maintenant à ma deuxième question, celle des mesures de nature à inciter les Français à privilégier une épargne durable

II Aider les français à mieux épargner à long terme

En préalable je veux rappeler qu’épargner à long terme ou de façon durable présente un double avantage : accumuler davantage de garanties et bénéficier d’un supplément d’efficacité grâce à un horizon d’investissement plus long.
Je ferai un constat, je poserai une question et je terminerai par une orientation.
Le constat est celui de la complexité de l’offre d’épargne.
Cette complexité est née, me semble-t-il de l’internationalisation des marchés et de la sophistication des produits proposés.
L’intégration internationale tend à disjoindre la relation existant entre l’épargne et l’investissement au niveau national.
Parallèlement, et pardonnez-moi cette expression, les produits proposés relèvent dans leur conception et leur exploitation d’une grande sophistication qui peuvent désorienter ou rendre méfiants.
Ma question, elle, est relative à la place et au rôle de la fiscalité.
Trois points mériteraient d’être traités de façon ouverte par un vrai débat qui ne se résume pas à l’adoption et au maintien de dispositifs qui sont conçus en « tuyaux d’orgue », ne s’intéressant que peu à leur interaction et à leur cohérence entre eux .
Il n’y pas toujours de logique d’ensemble.
D’une part, les dispositifs s’apparentent souvent à des « tuyauteries » transférant l’épargne vers tel ou tel emploi ou secteur. Les agents économiques s’adaptent alors à la nouvelle donne selon une logique d’aubaine ou d’opportunité.
D’autre part, la fiscalité des revenus de l’épargne est souvent très hétérogène et très complexe . Il existe aussi une multitude de produits à fiscalité dérogatoire . Pour les épargnants-contribuables, le problème d’intelligibilité de tous ces dispositifs se pose parfois avec acuité alors même que la législation en matière de fiscalité mobilière varie.
In fine est posé l’enjeu de la simplification et de l’unification de la fiscalité de l’épargne afin que le système soit simple, neutre et directement incitatif à l’épargne à long terme.
J’en viens à l’orientation qui pourrait en quelque sorte sous tendre un consensus utile à une nouvelle dynamique de l’épargne dans un monde qui reste, je le crains bien, en crise.
Je l’ai souligné implicitement un des risques est de voir dominer chez les particuliers les « émotions » du moment plus que des préférences rationnelles.
Je ne peux faire que deux préconisations générales :
- D’une part pour garantir les risques, doit être affirmée une complémentarité entre ce qui peut relever des marchés et ce qui relève de l’Etat, en gardant à l’esprit que cela ne doit pas se traduire par un transfert du risque de l’épargnant vers la contribuable, qu’il est au demeurant aussi !
- D’autre part, les décisions d’épargne des ménages sont aussi éloignées de l’optimalité à raison de l’absence de produits financiers leur permettant de mieux gérer certains risques.
Il conviendrait donc de développer de nouveaux instruments qui tiennent compte des difficultés des ménages et de risques parfois insuffisamment appréciés.
Je pense, ici, par exemple à des instruments permettant de se couvrir contre le risque de chute des prix de l’immobilier, puisque, pour la plupart des ménages, il s’agit de la principale composante de leur patrimoine.
Voici résumées brièvement mes quelques observations : il existe et doit exister une politique de l’épargne, utile à l’économie, qui soit intelligible pour le plus grand nombre, et qui prenne mieux en compte les difficultés et les risques rencontrés par nos concitoyens.
Je vous remercie de votre attention.