Marietta KARAMANLI : un autre plan de relance d’une autre nature est nécessaire pour circonscrire la crise et engager des dépenses socialement utiles

dimanche 11 janvier 2009

De nombreux Sarthois m’ont interrogée pour savoir ce que je pensais, en l’état, du plan de relance décidé et présenté par le Président de la République. A bien des égards, ce plan m’apparaît insuffisant car n’apportant que peu de mesures nouvelles, notamment en direction des salariés, chômeurs, et précaires, en décalage avec les enjeux et besoins de dépenses sociales utiles et génératrices d’une croissance verte, enfin ne remettant pas en cause les choix contestables du paquet fiscal (loi TEPA). Je fais état du principe de quelques contre propositions qui me paraissent de nature à relancer la machine économique (baisse concertée en Europe de la TVA, lancement de travaux en matière de logement social et d’infrastructures préparant à la nouvelle donne énergétique€¦) et à améliorer la protection sociale en temps de crise .

Un plan de relance qui "avance" des dépenses mais n’en fait pas de nouvelles utiles

Le plan gouvernemental de relance est axé quasi-exclusivement sur des investissements qui ne sont même pas des suppléments de dépenses.

En effet sur les 26 milliards annoncés, 11,4 milliards sont à amputer car il s’agit de sommes qui viendront en aide à la trésorerie des entreprises, mais ne représenteront pas un supplément de dépenses.
De plus le plan gouvernemental avance à 2009 des investissements publics qui étaient prévus pour 2010 et plus tard ; il reste par ailleurs très limité par rapport à la décroissance de la consommation populaire, et n’apporte aucune mesure quant à la situation des demandeurs d’emplois « existants » ou nouveaux.

L’absence de mesure en faveur des salariés, chômeurs et précaires

Je crois à l’instar de l’économiste Daniel COHEN qu’au-delà de l’efficacité des mesures, cette crise devrait être l’occasion de mener une réflexion sur notre système de protection sociale. Il faudrait pouvoir le rendre plus réactif à la crise, en faire un système contra-cyclique. Beaucoup de travailleurs connaissent des difficultés notamment les plus précaires, les personnes en fin de contrat, les intérimaires€¦ Comme cet économiste le précise, les droits des chômeurs devraient être indexés sur les cycles économiques.
Ainsi, dans une période de récession, leurs droits pourraient être prolongés.
Dans ce contexte, l’obligation faite par le Gouvernement aux chômeurs de retrouver un emploi sans relation directe avec leur qualification, leur âge et la situation réelle de l’emploi est, si ce n’est paradoxale, en fait à contre courant de ce qu’il faudrait faire.

Par ailleurs, je pense qu’il aurait fallu et qu’il faudrait baisser la TVA. Cette baisse devrait être coordonnée au plan européen et je ne peux que regretter que le Chef de l’Etat n’ait pas fait une proposition dans ce sens en tant que Président en exercice du Conseil des Ministres Européen.
C’est d’autant plus regrettable qu’un avantage de la baisse de TVA est son efficacité immédiate et sa transparence ; comme le dit Thomas PIKETTY lui aussi économiste « quand on baisse la TVA, on injecte de l’argent sonnant et trébuchant dans l’économie, par opposition à toutes les manipulations comptables et autres opérations de communication qui ont cours actuellement ».

Le défaut de mesures pour améliorer les infrastructures du pays et préparer notre pays à la nouvelle donne énergétique

De plus je pense que l’on devrait saisir la crise comme une nouvelle opportunité d’engager des dépenses socialement utiles ; construire des logements sociaux en période de boom immobilier tire la demande, et augmente davantage les prix ; à l’inverse en période de crise on peut à la fois satisfaire un besoin social à moindre coà»t, et relancer l’activité du secteur du BTP .

Enfin j’ai défendu la relance de l’investissement public (au moment de la discussion de la loi des finances pour 2009 sur les dotations de l’Etat aux collectivités locales, en ce sens http://mariettakaramanli.fr/spip.php?article93) pour améliorer les infrastructures du pays et préparer notre pays à la nouvelle donne énergétique .

L’accusation habituelle contre les relances économiques par le biais des dépenses publiques, c’est que cela prend trop longtemps pour être mis en Å“uvre, que cela démarre alors que la récession est déjà terminée. Mais s’il apparaît que cette récession dure, ce qui semble vraisemblable, ce n’est pas un problème et cela peut même être la solution.

L’absence de remise en cause d’une politique économique inefficace pour la croissance et le justice sociale

La crise financière cumule ses effets avec ceux d’une politique économique critiquable suivie depuis plus de 18 mois...Ainsi la loi « TEPA » ou paquet fiscal (75 milliards ‚¬ sur 5 ans), la loi sur la modernisation de l’économie ou encore celle sur la durée du travail n’ont eu aucun effet d’entraînement sur la croissance (et le fameux 1 % de croissance que le Président était censé aller chercher « avec les dents » selon son expression€¦).

Daniel COHEN évoquait là encore « De nombreuses prises de position du gouvernement (qui) se trouvent en effet à contre courant€¦Dans le cas d’une crise ordinaire, il faut laisser jouer les « stabilisateurs automatiques » de l’économie : dans une période de récession, les rentrées fiscales sont moins importantes et le déficit se creuse, mais c’est une bonne chose : les effets de la récession sont amortis. Seulement, le gouvernement s’étant privé de réserves budgétaires dès le début de l’année 2008, du fait de la loi TEPA, a dà» geler un certain nombre de crédits et de budgets pour 2008, ce qui a aggravé la crise cette année ».

Marietta KARAMANLI