« Défendre les valeurs de la conscience individuelle, de l’égalité et de la rationalité, seules à même de servir le dialogue entre les religions et la société en Europe » par Marietta KARAMANLI

mercredi 27 avril 2011

Lors de la dernière session de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (où je représente l’Assemblée Nationale française) du 11 au 14 avril derniers (sur cette session, voir mon précédent article sur mes propositions pour lutter contre l’obésité des enfants), un débat était organisé sur le dialogue culturel entre les religions à partir du rapport fait par Mme BRASSEUR, députée luxembourgeoise.
Celle-ci a proposé une plus grande implication de l’APCE en faveur de ce dialogue dans la mesure où il assure une plus grande adhésion aux valeurs du conseil de l’Europe et un meilleur respect des droits de l’homme.
En matière de religion, les Etats membres du Conseil de l’Europe sont déjà tenus par le respect de plusieurs principes dont la liberté de croire ou ne pas croire, la liberté pour les Eglises de s’organiser comme elles l’entendent, l’égalité entre églises dans les relations avec l’Etat.
Lors de mon intervention j’ai rappelé la nécessité de défendre les principes de
-  « l’individualisme de conscience » (que je distingue de l’individualisme de concurrence qui oppose les individus et les hiérarchise),
-  l’égalité pas seulement entre religions mais aussi entre individus quelle que soit leur religion et entre genres ou sexes ou orientations sexuelles), trop de discours d’églises opposent les personnes sur cette base (le rapport ne faisant aucune référence à ces inégalités),
-  la rationalité : les religions révélées ont ceci de commun qu’elles affirment un message permanent, au-delà de l’histoire des hommes et que c’est ce message qui doit toujours prévaloir ; pour moi les religions doivent, elles aussi, accepter la critique.

Enfin j’ai indiqué qu’est "sacrée" dans nos sociétés séculières une certaine vision de la liberté et notamment celle de chercher sa liberté par soi-même, cette recherche se faisant en dehors des dogmes.
Je souhaite les progrès d’une laïcité positive assure le progrès des droits des individus.

FR11CR13

AS (2011) CR 13

Edition provisoire

SESSION ORDINAIRE DE 2011


(Deuxième partie)

COMPTE RENDU

de la treizième séance

Mardi 12 avril 2011 à 15 heures

Dans ce compte rendu :

1. Les discours prononcés en français sont reproduits in extenso.

2. Les interventions dans une autre langue sont résumées à partir de l’interprétation et sont précédées d’un astérisque.

3. Les interventions en allemand et en italien, in extenso, dans ces langues, sont distribuées séparément.

4. Les corrections doivent être adressées au bureau 1035 au plus tard 24 heures après la distribution du compte rendu.

Le sommaire de la séance se trouve à la fin du compte rendu.

LE PRÉSIDENT* €“ La parole est à Mme Karamanli.

Mme KARAMANLI (France)

€“ Le présent rapport entend poser les bases d’un dialogue apaisé entre les religions en Europe et profiter de leur intérêt affirmé pour les droits de l’homme afin de faire avancer le droit à la dignité et le respect. Tout ce qu’il dit est juste et généreux.

Cependant il laisse en retrait certains principes qui, à titre personnel, me paraissent devoir faire partie du dialogue avec les religions si l’on considère que ce rapport doit, comme le dit la rapporteure, être une invitation pour les Etats à faire en sorte que les diverses religions soient mieux associées aux échanges et à la gouvernance sur les droits de l’homme.

Je citerai trois de ces principes : l’individualisme, l’égalité et la rationalité.

La place des individus face aux religions et dans les communautés est fondamentale. La sphère privée et personnelle est une donnée déterminante de nos sociétés. Elle ne s’arrête pas à la liberté de conscience mais s’élargit à toutes les conduites privées dès lors que celles-ci n’oppriment pas les autres. Cette sphère varie d’un pays et d’un moment historique à un autre. Elle cohabite avec deux autres, l’une légale, qui est du ressort des Etats, et l’autre sociale, faite de normes et de valeurs.

L’égalité est seulement évoquée dans le rapport comme devant régir les relations entre religions et de l’Etat avec elles, afin que chacune d’elle soit respectée et aucune favorisée. La question de l’égalité entre les hommes n’est pas mentionnée, qui est pourtant, avec les libertés, aux fondements de notre Europe. A ce titre, elle devrait inspirer les Eglises dans leur action à l’égard de tous les hommes et femmes, sans différence d’origine, de croyance ou de genre.

Quant à la rationalité, les religions révélées ont cela de commun qu’elles affirment un message permanent, au-delà de l’histoire des hommes, qui doit toujours prévaloir. Si ce message est conforme aux valeurs de notre institution, rien n’empêche, comme vous nous le proposez, de se rassembler autour des droits et progrès qu’il porte. Néanmoins, vous ne dites pas en quoi la rationalité que nous défendons est différente du message religieux. Ce dernier est en lui-même si €œvrai€ qu’en comparaison, un discours politique démocratique manque de couleur et de saveur. Toutefois ce discours, à la différence des religions, accepte la critique et considère qu’il ne suffit pas d’affirmer quelque chose pour que cela soit vrai.

Les religions doivent se respecter, et accepter une part de critiques.

Vous dites qu’il faut donner un sens profond à la dimension religieuse du dialogue interculturel. Cela peut faire l’objet d’une interprétation contestable : il ne faudrait pas en déduire que nos sociétés trop séculières manqueraient de sacré. Est sacrée pour nous une certaine vision de la liberté, notamment celle de chercher sa liberté par soi-même. Cette recherche se fait en dehors des dogmes.

Au final, je préfère cette association en faveur de la gouvernance des droits de l’homme que j’ai évoquée, qui suppose que les religions, au-delà d’une acceptation globale de la dignité humaine, acceptent que cette dernière évolue et s’élargisse loin d’un petit dénominateur commun.