"Pourquoi il faut débaptiser un collège dont le nom est celui d’un écrivain antisémite" par Marietta KARAMANLI

mercredi 21 mars 2012

Le 20 février dernier, j’ai écrit à Monsieur Jean-Marie GEVEAUX, Président du Conseil Général de la Sarthe, pour lui demander d’apporter son soutien à l’idée de débaptiser le collège Roger Vercel.
Le nom de cet écrivain qui a écrit des propos antisémites , souhaitant "l’extermination" des juifs de la culture et de la littérature, ne doit plus servir à nommer un établissement d’enseignement public.
De tels propos ne sont pas seulement condamnables, ils condamnent aussi son auteur à ne pas pouvoir incarner les valeurs qu’on attend de celui à qui on donne le nom d’un établissement d’enseignement public. L’écrivain en question n’a à ma connaissance jamais exprimé le regret de tels propos.
Hier comme aujourd’hui nous devons refuser la haine des autres !
Je souhaite l’engagement du Président du conseil général sur un sujet qui, dépasse les clivages politiques etn nécessite que le département compétent en matière des locaux des collèges affiche sa volonté de faire du changement de nom l’illustration du combat de la République contre la haine des autres, combat engagé mais malheursement, jamais terminé.

Ma lettre au Président du Conseil Général de la SARTHE

Monsieur Jean-Marie GEVEAUX
Président du Conseil Général
Hôtel du Département
Place Aristide Briand
72072 LE MANS CEDEX

Monsieur le Président,

Je me permets d’attirer votre attention sur un sujet sensible qu’est la dénomination du collège « Roger Vercel » dont le Docteur Henry LELIEVRE ancien Maire-Adjoint du Mans chargé de la culture vous a entretenu.
Il demande que ce collège soit renommé à raison des positions prises par l’écrivain « Roger Vercel » pendant l’occupation nazie entre 1940 et 1944.

Il se réfère notamment à un article dont la teneur est clairement antisémite. Dans cet article paru dans « Ouest-Eclair » le 16 octobre 1940 sous le titre « Lectures pour demain », il argumente autour de l’idée d’exclusion des juifs du monde de la création et de littérature.
Ses termes sont extrêmement forts€¦selon lui « l’extermination du Juif, en tant que penseur et écrivain, réagira d’extraordinaire façon sur la littérature de demain » .

Ces propos ne sont pas seulement condamnables, ils condamnent aussi son auteur à ne pas pouvoir incarner les valeurs qu’on attend de celui à qui le nom d’un établissement d’enseignement public est donné.

D’une part, l’éducation doit à la fois à instruire et enseigner une morale que Ferdinand Buisson indiquait come portant « la claire notion du devoir, des idées de justice et de bonté, l’habitude de la réflexion, la culture de la conscience, l’amour du travail, le sentiment des droits de l’homme et de la dignité humaine€¦ »
D’autre part, la littérature, elle-même, qu’est censée incarner cet auteur est à l’opposé de l’idée d’exclusion et de hiérarchie des races et des religions. Comme l’a bien dit Franz KAFKA « Toute littérature est assaut contre la frontière. »

Enfin en cette période où la République cherche à donner des exemples, donner et maintenir le nom d’un écrivain dont le style fut peut-être apprécié mais dont les idées exprimées publiquement pour servir de guide, sont détestables, me paraît devoir déboucher sur une réflexion en vue d’un changement de nom.

Cette opération pourrait, par elle-même, avoir un caractère pédagogique et faire l’objet d’une appropriation collective.Comme l’a indiqué en janvier 2012 le Président de la république « La culture n’est pas un supplément d’âme que s’offrirait une société de consommation repue. Elle est notre boussole. »

Connaissant votre engagement en vue d’un devoir de mémoire partagé par les jeunes générations et votre approche d’une lecture humaniste de la culture, je souhaite que vous puissiez apporter votre soutien à l’idée de rebaptiser ce collège.

Vous remerciant par avance de votre attention, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mes salutations les meilleures.
Marietta KARAMANLI