En janvier Marietta KARAMANLI est sur la chaîne LCP -Assemblée Nationale pour parler avec COSTA GAVRAS de son film "Z", consacré à la prise du pouvoir en GRECE, dans les années 1960, par un régime dictatorial

jeudi 17 janvier 2008

En 2008 le cinéma a fait son entrée sur la chaîne parlementaire LCP-AN. Chaque mois est diffusé un film politique suivi d’un débat auquel participe chaque fois un député.
Le 12 janvier c’était le film de COSTA GAVRAS « Z » tiré du livre de VASSILIS VASSILIKOS.
Marietta KARAMANLI députée socialiste de la Sarthe d’origine grecque, participait au débat en compagnie de Constantin COSTA GAVRAS et de Jorge SEMPRUN, coscénariste.
Cette soirée sera rediffusée sur LCP

DIMANCHE 20 JANVIER 2008 A 14H03

VENDREDI 25 JANVIER 2008 A 23H33

SAMEDI 26 JANVIER 2008 A 09H18

Le thème du film est le suivant :

En Grèce, dans les années 60, un député de l’opposition à la popularité grandissante meurt dans un étrange accident à l’issue d’un meeting. La population est consternée, la jeunesse est révoltée. Le jeune juge d’instruction chargé de l’enquête met en évidence, malgré les pressions et les menaces, un attentat politique. Face au scandale, les autorités ne peuvent plus étouffer l’affaire.
Prix spécial du jury en 1969, Oscar du meilleur film étranger l’année suivante, « Z » a connu un succès mondial retentissant.
Jean Louis Trintignat en juge intègre

Z sur wikipédia

Voici les réactions que Marietta KARAMANLI a partagées sur le plateau avec les autres invités.

"L’histoire au double sens de récit et de moment d’un peuple que raconte « Z » suscite chez moi trois réactions.

Ma première réaction est instinctive et affective.

C’est une partie de ma jeunesse (j’avis 10 ans en 1974 au retour de la démocratie), de l’histoire de mes parents et de ma famille, du quartier.

Cela évoque :
- l’uniforme porté à l’école,
- le numéro assigné à chaque élève,
- la paranoïa du régime, de ses informateurs, de sa police, de ses partisans
- la crainte que cela suscitait chez mes parents pour leurs enfants : mes parents avaient été des résistants et comme tels étaient jugés comme « communisants » : ne parle pas trop fort, ne dis pas cela€¦
- l’envoi de mon frère qui devait faire son service militaire dans un endroit « exposé »,
- les souvenirs d’alors de mes parents qui n’avaient plus de photos d’avant la guerre, qu’ils avaient eux-mêmes détruites pour ne pas exposer leurs frères et sÅ“urs à d’éventuelles représailles,
- la tabassage d’amis plus âgés par la police ou des milices.

Ma deuxième réaction est une réaction de femme engagée.

Il y a un peuple qu’entend soumettre une caste dirigeante à ses intérêts, ses souhaits, et ses fantasmes.

Pour cela le dictateur considère comme un danger tout ce qu’il ne dirige pas, tout ce qu’il ne maîtrise pas, tout ce qu’il ne pense pas€¦
Il entend donc contraindre tous ceux qui sont différents et manifestent une grande vigilance et violence à l’égard de tous ceux qui manifestent même légèrement cette différence.
Il verrouille, il ferme, il enferme.
Il ne peut tolérer une opposition et lui dénie le droit et la vocation à représenter le peuple.

Sa peur d’une partie du peuple est si grande qu’il préfère tuer physiquement et symboliquement.

Cela est très bien évoqué par le film et par Constantin Costa Gavras.

Ma troisième réaction est une réaction de sociologue politique

Il y a une formidable analyse des liens de clientélisme et vassalité qui existent entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qu’ils manipulent€¦
Il y aussi une fine et drôle restitution de la diversité de ceux qui résistent quelques soient leurs motivations
- pour certains elle est idéaliste,
- pour d’autres elle est affective
- mais toutes convergent vers le sentiment que « cela », ce qui est vécu, n’est pas juste.

Il y a le sentiment presque naturel que derrière certains mots et certaines images il y a le mensonge et le malheur.

De ce point de vue là, le message du film sur le résistance à l’injustice et au mensonge est universel.

Enfin j’associe ce film à un autre film Zelig de Woody Allen . Vous allez me dire rien à voir€¦.

Dans celui-ci, Zelig est un homme caméléon conformiste recherchant à tous prix la sécurité et se conformant en tous points à son environnement. Il va jusqu’à devenir nazi. Il y a un ton neutre malgré l’invraisemblance des personnages.

Dans « Z » c’est justement le contraire : les personnages nous ressemblent, courageux ou pas, engagés ou non ; ils appartiennent à une même communauté mais ils recherchent et donnent un sens différent à la sécurité ; pour les uns elle ne peut se passer de l’égalité et de la liberté. Pour les autres, elle équivaut à la défense de l’ordre social et de leurs intérêts de caste€¦mais la démonstration est là encore et d’abord analytique

Dans Z j’aime particulièrement les moments où on voit les partisans de l’ordre se montrer d’abord soucieux de conforter leur pouvoir. La sécurité pour eux c’est la leur avant celle des autres. Et pour les autres, les héros, la sécurité ne se passe pas de la liberté car c’est elle qui est garante d’égalité ."