"Rendez-vous parlementaire de Marietta KARAMANLI", Jean-Jacques URVOAS, député et secrétaire national du PS présente des propositions pour une sécurité durable et efficace des citoyens

dimanche 12 décembre 2010

A l’invitation de Marietta KARAMANLI et de la fédération de la Sarthe du PS, Jean- Jacques URVOAS, député du Finistère et Secrétaire National à la Sécurité est intervenu au Mans mardi 17 novembre 2010 pour y évoquer l’échec de la politique actuelle en matière de sécurité et les propositions, réalistes et concrètes des socialistes en la matière.
Il a évoqué le baisse des crédits consacrés à la police et gendarmerie, la politique du chiffre "facile" au sens des infractions constatées en même temps que la constatation vaut résolution de l’infraction et l’absence de police intégrée dans les quartiers et l’insuffisance parfois de formation. Loin des discours qui veulent faire peur mais ne sont pas suivis d’effets, il a dit la volonté du PS de donner priorité à des solutions durables ( recrutement, formation, régionalisation, définition des priorités...) et de protéger plus efficacement les citoyens !

Présentation par Marietta KARAMANLI

Elle a d’abord excusé le premier secrétaire fédéral, un certain nombre d’élus et d’associations qui ne pouvaient être présents ce soir.

Elle a rappellé que les rendez-vous parlementaires sont l’occasion d’évoquer des sujets d’actualités, des questions de société ou de politique.

Le thème de cette rencontre est celui de la sécurité.

Il reprend le titre d’un ouvrage de Jean Jacques URVOAS (Fondation Jean Jaurès) « De la sécurité de l’Etat à la protection des citoyens ».

Il est d’autant plus d’actualité que le lendemain avait lieu un forum des idées qui portera sur la sécurité et se tiendra à Créteil.
La question de la sécurité est une question pour laquelle les élus sont directement concernés. En effet, le Maire est un « Officier de police ».

Les enjeux

Le droit à la protection des personnes est une chose qui ne se vend pas, ne se donne pas mais fait partie de ce qui s’organise et se transmet, si j’ose dire collectivement.
Le droit à la sécurité est donc une chose qui, à toutes les époques, a amené les citoyens à demander à leurs gouvernement de faire ce qui était nécessaire pour que chacun puisse être protégé. Tout d’abord, je rappellerai la nécessité d’être fort contre la délinquance mais aussi fort contre ses causes.

Je crois utile de rappeler que si la loi pénale peut et doit être modifiée, une inflation de textes à laquelle on assiste aujourd’hui n’assure aucunement une meilleure sécurité aux citoyens tous les jours.

Les moyens doivent être adaptés, c’est-à-dire suffisants et pertinents (quel est le bon niveau d’intervention ? Quel est le bon niveau de gestion des forces ?) face à ce qui doit être prévenu, empêché et poursuivi.

La prévention est une essentielle y compris par la participation des forces de police à empêcher les infractions. Ce n’est pas quelque chose de nouveau mais c’est une attitude qui suppose que l’on identifie objectivement les risques et qu’on évalue les mesures adaptées.

A ce titre, la protection des citoyens est passée au second rang derrière une instrumentalisation des faits divers et des données.
Arrêtons de toujours parler de sécurité, ce qui compte, c’est de faire et de faire de façon durable et efficace.

Intervention de Jean-Jacques URVOAS

Quelques chiffres

La sécurité est toujours un sujet d’actualité. La politique de Nicolas Sarkozy en ce domaine est un échec. Depuis juin 2007 date à laquelle il nommait François Fillon comme premier ministre, 78 % des crédits consacrés à la lutte contre l’insécurité ont perdu 40 points.
En 2008, 400 000 personnes étaient agressés. Les effectifs de police ont perdu 10 500 postes (soit les postes qui avaient été créés entre 2002-2004) et est envisagé la suppression de 5 000 postes en 2011 et 2012. C’est le « Travailler plus mais en étant moins nombreux ».
Je voudrais évoquer aussi la question des peines non effectuées. En effet, ce sont plus de 33 000 peines qui n’ont pu être effectuées en raison notamment des moyens humains et financiers.
Ce sont plus de 436 commissariats qui sont en voie de « clochardisation ». Et il a même été demandé de ne plus faire réparer les véhicules de la marque Renault au seul fait que la dette due à cette entreprise est trop importante.

La doctrine

Ayant accepté le poste de secrétaire national à la sécurité, j’ai lu ce que le PS avait produit sur le sujet. Et bien, il y a une vraie continuité dans ce qui a été écrit et dit par le parti.
Je voudrais évoquer quelques textes à commencer par celui de François Mitterrand de 1981 intitulé « Des hommes libres dans une société sure » et celui en 2001, Julien Dray qui était en charge de ce secteur, « Mieux prévenir mieux punir ».
Quatre mots reviennent :
-  prévention
-  dissuasion
-  sanction
-  réparation

Si la prévention a un coà»t, elle est difficilement chiffrable en termes de résultats. En effet, on ne peut pas évoquer ce qui n’est pas. Un exemple si on évite un incendie on ne peut pas le chiffrer mais s’il y a un incendie, on pourra chiffrer le déplacement des pompiers et leur temps de travail.

Si la dissuasion est une nécessité, aujourd’hui, nos forces de police ne se voient que très peu confier cette mission.

Si la sanction est nécessaire, il reste qu’elle doit être juste et proportionnée. Nous devons proposer un éventail de peines (attention à notre culture doloriste). La prison n’est pas la seule réponse. Il faut sans doute mettre en avant ce qui est fait grâce et par les personnes qui font des travaux d’intérêt général. Il faut sans doute proposer des tuteurs pour suivre les jeunes qui ont des parcours scolaires un peu compliqués.

Il y a bien sà»r à prendre en compte la part de la réparation notamment du fait que nous nous situons dans une société d’individualisation.

Du point de vue philosophique

Nous devons avoir un regard laïc. C’est de notre devoir de diminuer la violence. Il serait par contre illusoire de parler de garantir un droit à la sécurité mais il n’en demeure pas moins que nous devons regarder la sécurité comme un projet de sécurité publique qui doit être innovant.

La sécurité nécessite de la "main d’Å“uvre" et il est important d’avoir des effectifs qui ne baissent pas. Il faut donc maintenir les effectifs et nous proposons de créer 5 000 emplois de gardiens de la paix en cinq ans.

Il est nécessaire de se donner des priorités en favorisant un redéploiement des forces et créer une police des quartiers. Certaines zones (et pas les plus sensibles) bénéficient de plus d’effectifs que d’autres (ayant une population plus nombreuse).

Certaines forces doivent être repositionnées (régionalisation) et leurs missions revues (sécurisation)

Chantiers

Le domaine de la sécurité est un domaine où les élus doivent avoir leur place notamment par rapport à la mise en place d’une stratégie locale de sécurité. La place de l’élu est celle d’un coordinateur contre la délinquance.

La formation est là aussi un point important pour tous les acteurs (magistrats/policiers) comme de les fidéliser.

Quelques questions et remarques

Le travail de la police est un travail de mémoire qui appelle une certaine fidélisation. L’établissement de statistiques est une escroquerie.

Derrière le mot de « sécurité », on met toutes sortes de choses. Or il est nécessaire de bien prendre en compte que le rôle des forces de police est un rôle de service public qui est à retrouver. Définissons ainsi ce qui relève de l’Etat, de ce qui relève des élus mais aussi de ce qui relève de la police afin que chacun puisse être mis face à la responsabilité.

Il y a une dérive qui est celle du tout sécuritaire. Arrêtons de parler de vidéo protection, la vidéo ne protège pas et ne règle donc pas la question de la sécurité.
La politique proposée aujourd’hui n’est pas une culture du résultat mais du chiffre.

Il serait sans doute utile de repenser une police qui soit plus près de la population comme une police à pied (pied, vélo, roller€¦) et surtout une police qui soit formé et comprenne/connaisse le terrain dans lequel elle est implantée.

Aujourd’hui, il est beaucoup question de l’ultra violence de la jeunesse, aussi il est souhaitable de procéder à un accompagnement de l’enfant. La violence de la société a un impact certain sur les jeunes.

Quid de la poursuite de la délinquance financière ?

Le fait divers de Mayenne nous conduit à dire que tout projet doit être préparé tant au niveau de l’explication du projet lui-même que dans les rapports entre encadrants.

Il est important que les priorités soient faites concernant les différentes polices. Les orientations doivent être claires et doivent pouvoir de décliner.

Un observatoire de la délinquance est nécessaire mais pour cela il faut le rendre indépendant.

Pour conclure, aujourd’hui, aucune politique de sécurité n’est mise en Å“uvre mais mise en scène.

Compte-rendu établi par Véronique Elshoud