« Relance et écologie, une opportunité à saisir, une vigilance  à avoir pour que les investissements s’ajoutent à ceux prévus et que les crédits soient dépensés intelligemment», par Marietta KARAMANLI

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Le 24 septembre 2020 j’ai participé à une visioconférence franco-allemande organisée par la Fondation Jean-Jaurès et la fondation Friedrich Ebert Stifstug ayant pour thème « Comment intégrer la transformation sociale-écologique aux plans de relance en Europe ?.

Y participaient comme intervenants Carsten Träger, député du Bundestag, porte-parole du groupe SPD pour l’environnement, membre de l’Assemblée parlementaire franco-allemande, Emmanuelle Cosse, ancienne ministre du Logement, directrice de l’Observatoire de la transition énergétique et sociale de la Fondation Jean Jaurès. L’ensemble était animé par Michael Vincent, président de l’ONG Greentervention, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès.

Voici le papier ayant de servi de base à mes propos à la suite

I La relance, une opportunité, peu saisie dans le monde, et un peu mieux saisie par la France, l’Allemagne et l’UE

Le plan de relance du gouvernement François prévoit d’allouer directement plus de 30 milliards d’euros (sur 100) à la transition écologique.

Selon ce que nous en savons le plan Allemand est de 130 milliards d’euros avec 35 milliards consacrés chez nos voisins à la transition énergétique.

30 milliards d’euros abondent des secteurs incontournables de la transition énergétique. 11 milliards d’euros vont aller aux infrastructures de transports et à la mobilité verte avec un effort particulier de 4,7 milliards d’euros pour le ferroviaire (investissements dans le fret, rénovations de lignes de proximité, trains de nuits). 1,2 milliard d’euros sont destinés aux déplacements quotidiens et notamment au développement du vélo. 1,9 milliard d’euros sont destinés –via la prime de conversion- à l’incitation à l’achat de véhicules propres.

À la fois il faut se féliciter de l’objectif et s’interroger sur la méthode et poser la question de l’écart possible entre l’annonce et les réalisations à venir.

La crise offre en effet une opportunité de reconstruire notre économie afin de la préparer au dérèglement climatique.

Le plan de relance Français compte un volet de soutien aux entreprises, des aides à l’embauche pour les jeunes, un volet écologique, mais pas de mesure de soutien du pouvoir d’achat.

Je note que parallèlement 30 Mds € iront à la réindustrialisation dont 20 Mds € de baisse d’impôts (sur deux ans) aux industries sans contrepartie.

S’il est difficile de conditionner au motif de l’urgence, la mesure sur deux ans qui s’annonce aurait mérité d’être discutée avec une dimension environnementale. Il aurait peut-être utile d’envisager un dispositif plus global de réforme fiscale sur une durée plus longue …c’est une réflexion.

Le flot monétaire annoncé irriguera-t-il la décarbonation ? L’équation souffre encore de multiples inconnues.

Ce que l’on sait c’est que jusqu’ici les aides publiques au niveau mondial ont plutôt soutenu la production et à la consommation d’énergies fossiles.

Selon un examen fait (par Vivid Economics[1] ) des Plans des 17 premières puissances économiques ainsi que de l’Union européenne, 10.000 milliards de dollars gouvernementales et privées auraient été délivrés dont un tiers soient 3.500 milliards de dollars vers des secteurs ayant un impact direct sur l’environnement : agriculture, transports, production d’énergie, gestion des déchets, etc.

Pourtant ces aides d’urgence n’auraient pas été ciblées sur une décarbonation.

L’Europe dans ce contexte a plutôt tendance à mieux faire…

Une part des plans seraient «2 °C compatibles». Avec pour la France quelques contreparties demandées à Air France pour obtenir son prêt de 7 milliards et les subventions à l’achat de voitures électriques !

II La nécessaire vigilance : trois points , un focus

Il faut que les sommes annoncées s’ajoutent aux crédits d’investissements déjà prévus et ne les remplacent pas…c’est un grand classique que les additions ne deviennent parfois des soustractions

Il faut que cette relance vers l’écologie prévue sur deux ans ( 2022) se poursuive au-delà. Les 30 milliards € devraient permettre retrouver pour au moins deux ans la trajectoire de diminution des gaz à effet de serre prévue par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) pour atteindre les -40% adoptés par l’Union européenne pour la fin de la décennie. On le sait ce ne serait pas suffisant si l’UE décide dans le cadre de la COP26 (à Glasgow en 2021) un objectif de /réduction de 55% du CO2, il faudrait alors 9 milliards d’euros chaque année jusqu’à 2030.

Par ailleurs s’il faut dépenser rapidement , il faut dépenser le mieux possible

Je pense

  • aux bâtiments et à leur isolation ce qui suppose une démarche de qualité ;
  • à la transition agricole avec des sujets complexes comme la sécheresse ou la diversification des cultures (rendant moins dépendante du Soja importé) ; ce que ne fait pas le reste du plan européen !

Sur la filière hydrogène

Sur les 7 milliards consacrés à l’énergie, 2 milliards seraient consacrés à l’émergence d’une filière hydrogène …c’est semble t-il ce qui pourrait être ou devenir un projet commun franco-allemand.

Je note que la chaîne à hydrogène reste ce que beaucoup de techniciens appellent une chaîne inefficiente[2].

Un rapport d’EDF et d’autres entreprises appelait à investir 800 millions d’euros par an jusqu’en 2028.

Certains ingénieurs font remarquer que l’hydrogène sera produit principalement par électrolyse avec l’électricité des centrales nucléaires (« électrolyse centralisée » et aussi par reformage du gaz fossile à 900°C.

Ils font remarquer qu’il suffira d’augmenter la production électrique globale (au lieu de diminuer la production nucléaire) pour que la part du nucléaire baisse mécaniquement.

Je remarque aussi qu’en France la part de l’éolien et du solaire est très modeste comparativement à celle de ses voisins européens.

Choisir l’hydrogène sans donner une priorité aux énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire serait peut-être emprunter une mauvaise route.

 

[1] Vivid Economics  (a strategic economics consultancy spanning public policy and support for commercial decision making with a broad, international focus), https://www.vivideconomics.com/wp-content/uploads/2020/09/GSI_923.pdf

[2] L’électrolyse fait perdre 30% de l’énergie électrique et la compression 15%. Si l’hydrogène obtenu est ensuite utilisé dans une pile à combustible, 55% de ce qui reste est perdu.  Le bilan d’un cycle complet est alors de 20 à 30% selon l’ADEME. ( cf https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/hydrogene-nucleaire-france-53758/ et https://reporterre.net/La-voiture-a-hydrogene-est-un-miroir-aux-alouettes-de-la-transition-energetique)

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Marietta

Députée, Conseillère municipale du Mans, Conseillère communautaire Le Mans Métropole
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